Dès l’installation en élevage réfléchir à la main-d’œuvre
TNC le 13/05/2026 à 11:34
C’est ce qu’ont fait Lucien – parce que ses productions sont diversifiées – Camille pour gagner en organisation du travail et Adrien afin d’instaurer une relation de confiance avec ses salariés, partager des valeurs de respect, écoute, responsabilisation et implication. « On ne peut pas les payer 2 000 € par mois, c’est ça qui les fait rester ! »
Des vaches allaitantes, un atelier taurillons, des volailles de chair plein air et des poules pondeuses avec abattoir à la ferme et vente directe, plus une partie céréales… l’exploitation familiale de 180 ha reprise par Lucien Puech Pays d’Alissac, à Pissy-Pôville près de Rouen (Seine-Maritime), est plutôt diversifiée. D’où d’importants besoins de main-d’œuvre sur l’élevage, en particulier au niveau de l’abattoir qui mobilise six personnes une fois par semaine toute l’année.
Alors avant de s’installer sur la ferme avec son père et son frère, en juin 2024, le jeune homme de 33 ans les a minutieusement étudiés : un équivalent temps plein pour les bovins, un ETP pour les travaux de plaine et un peu plus d’un ETP pour les volailles, soit 4 ETP environ nécessaires sur l’exploitation. Comment y répondre ? En plus des 3 associés, le Gaec de la Ferme du Pays fait travailler 3 salariés à temps partiel (une journée par semaine), des stagiaires et parfois des apprentis.
Analyser ses besoins et voir comment y répondre
« Ça dépend des opportunités, des candidats qui se présentent », précise Lucien. Il y a cinq mois, il recherchait quelqu’un et était en contact avec France Travail. Plusieurs personnes ont effectué des essais, non concluants d’un côté ou de l’autre. « La difficulté, c’est de trouver la bonne, lance l’éleveur de Charolaises qui a également recours au service de remplacement. « Le bouche-à-oreille fonctionne bien aussi », souligne-t-il.
Écoutez le témoignage vidéo de Lucien Puech Pays d’Alissac, publié sur la chaîne Youtube de Jeunes Agriculteurs Normandie, dans la série Cap installation :
« Il y a du travail pour 3 UTH, on devait garder 3 UTH »
« Ils étaient deux, j’étais seule. » À son installation sur l’élevage laitier de son conjoint, au départ en retraite de ses beaux-parents en 2022, Camille Lefeuvre a elle aussi dû réfléchir à la problématique de la main-d’œuvre. « Il y a du travail pour 3 UTH, on devait garder 3 UTH », indique la jeune femme voyant par ailleurs la possibilité de partir en vacances. « Le cap de chercher un salarié était franchi. » L’éleveuse de 110 vaches laitières Prim’holstein, à Pacé en Ille-et-Vilaine, dépose une annonce sur leboncoin.fr, qui « a bien marché ».
Propos issus de la vidéo « Mieux manager – Des solutions pour fidéliser les salariés en agriculture : gagner en organisation en investissant dans l’humain » sur la chaîne Youtube de la chambre d’agriculture de Bretagne :
« Avec un salarié, on est obligé d’avoir des horaires »
« Nous avons eu de la chance, nous avons pu choisir entre pas mal de postulants, reconnaît-elle. J’ai opté pour un profil éleveur afin d’être épaulée sur le suivi de troupeau. » Camille met en avant les gains en termes d’organisation du travail, d’horaires entre autres : « avec un salarié, on est obligé d’en avoir. En couple ou en famille, on s’en fixe rarement. » Il faut, en outre, planifier davantage les tâches, sur la semaine minimum. Elle évoque, de plus, les bénéfices sur l’ambiance de travail : « Travailler à deux est plus agréable que tout seul », appuie-t-elle.
De même que l’intérêt d’être complémentaire et d’instaurer une relation de confiance. « Si je dois m’absenter de la ferme, ma salariée est là, elle gérera », enchaîne la jeune productrice. Elle veille particulièrement aux conditions de travail et s’est fait aider de la MSA pour les améliorer et assurer une meilleure prévention. « J’essaie de limiter les ports de charge et j’ai investi, ça me tenait vraiment à cœur, dans un exosquelette car la salariée trait le plus souvent seule dans un roto de 24 places », complète Camille.
« Ne pas les considérer comme de simples exécutants, ainsi vous pourrez les fidéliser plus facilement »
L’ambiance et la confiance sont aussi essentielles pour Adrien Le Lay, installé depuis 2022 et cogérant du Gaec de la Rainette (38 VL), à Rostrenen dans les Côtes-d’Armor. Ainsi que le respect, le partage de valeurs et la convivialité. « Le café de 10 h, tous ensemble – les 3 associés et les 2 salariés – chaque matin permet à la fois de se passer les infos, de se détendre, faire cohésion, parler de la pluie et du beau temps », témoigne le jeune éleveur de 35 ans. Le repas partagé du lundi midi également.
Retrouvez Adrien dans une autre vidéo de la même série, « Des méthodes pour assurer une relation de confiance »:
Se montrer flexible
La réunion hebdomadaire aborde plus la technique, l’organisation de la semaine à venir, les décisions stratégiques, plus ou moins urgentes. « Deux fois par an, nous organisons un resto. Tous les prétextes sont bons : un anniversaire, Noël et nouvelle année, la fin des foins… » « Pour que les salariés restent chez nous, on ne les voit pas comme de simples exécutants, on les prend au sérieux, on les implique dans nos projets, on les responsabilise, on leur explique pourquoi on fait comme ça, quelles valeurs il y a derrière », poursuit Adrien.
On joue la carte de l’écoute plus que du salaire.
Il cite en exemple le système 100 % herbe sur lequel est basé l’élevage. « Au départ, l’absence de maïs les étonne. Nous leur donnons les raisons de ce choix et ils adhèrent à cette philosophie de production », détaille-t-il avant d’ajouter : « c’est ça qui les fidélise car on n’a pas les moyens de les rémunérer 2 500 € par mois, on est plutôt au niveau du Smic, alors on joue la carte de l’écoute, de la prise au sérieux, plutôt que du salaire. »
Les associés savent se montrer flexibles : « si l’un ou l’autre a besoin d’une demi-journée pour un enfant malade ou pour souffler, voire aller à la mer, on est capable de l’entendre. » La structure transforme une partie du lait en fromages et, chaque semaine, les salariés repartent avec quelques-uns sous le bras. « Ça nous fait plaisir et ça les rend fiers de ce qu’ils font, ça donne du sens à leur métier », résume Adrien.