Guerre en Iran : en 2026, le blé ne serait rentable que dans deux départements
TNC le 04/05/2026 à 17:52
La hausse brutale des engrais azotés liée à la fermeture du détroit d’Ormuz va peser sur la campagne céréalière en cours, mais à quel point ? Dans une note publiée le 4 mai, le think tank Agriculture Stratégies modélise l’impact de la guerre en Iran sur la ferme céréalière française, anticipant une chute importante de la marge brute à l’hectare dans la quasi-totalité des départements français.
Dans « Cartographie d’une crise : quel impact projeté du choc d’Ormuz sur la rentabilité du blé français », Jérémy Denieulle, directeur des études d’Agricultures Stratégies, met en évidence la vulnérabilité des grandes cultures françaises face aux engrais azotés.
Ainsi, en 2025, la marge brute dépasse largement les 800 à 1 000 €/ha dans les grands bassins de production, calcule l’auteur, soit un niveau « crucial » car « il permet à l’agriculteur de couvrir ses charges de structure » et de dégager un revenu.
Si l’on compte 35 départements en dessous de 800 €/ha, 35 ont une marge brute qui dépasse les 1 000 €/ha, et 59 départements se situent entre 800 et 1 000 €/ha.
En 2026, en revanche, seuls deux départements auraient une marge brute dépassant les 800 €/ha : le Nord (822 €/ha) et le Pas de Calais (814 €/ha). Partout ailleurs, les cours trop bas et l’explosion des prix de l’urée liée au conflit au Moyen-Orient conduisent à un écrasement drastique des marges.
Vers moins de blé dans les assolements à l’automne ?
Pour Agriculture Stratégies, les conséquences seraient en outre amplifiées par une prolongation du conflit, car si les projections montrent que la rentabilité du printemps est menacée à court terme, les questions se posent également sur les décisions d’assolement de l’automne prochain. « Les agriculteurs pourraient être contraints de se détourner massivement du blé tendre au profit de cultures moins exigeantes en azote (tournesol, légumineuses), menaçant directement les volumes de blé produits », explique le think tank.
Si la situation perdure dans les prochains mois, l’approvisionnement en engrais pourrait être encore plus compliqué par l’application du MACF, que la Commission européenne n’envisage finalement pas de suspendre. En revanche, la possibilité d’un épisode El Niño pendant l’été pourrait avoir un impact sur les récoltes dans plusieurs zones de production. La baisse de l’offre céréalière au niveau mondial devrait entraîner une hausse des prix, « ce qui pourrait compenser au moins en partie les surcoûts de production pour les agriculteurs français », précise Agriculture Stratégies.
Les limites d’une modélisation indicative
Pour réaliser ces projections, le think tank a basé ses calculs de la marge brute sur le chiffre d’affaires prévisionnel, duquel sont déduites les charges opérationnelles. Le rendement hypothétique est calculé sur la moyenne départementale des rendements 2020 à 2024 (données Agreste), le prix du blé correspond à la moyenne des cours Euronext au moment des apports de printemps en 2025 (235 €/t), et ceux du mois d’avril pour 2026 (195 €/t).
Le calcul du coût de l’azote est basé sur une exigence agronomique standard de 3,5 unités d’azote par quintal produit, indexé sur le prix de l’urée (410 €/t pour 2025, 812 €/t pour 2026). D’autres charges sont également intégrées dans les dépenses : semences, produits phytosanitaires, carburant et fournitures (moyennes régionales issues du Rica).
Les auteurs mettent en avant certaines limites de l’exercice, comme l’utilisation de moyennes qui lissent les extrêmes, ou à la difficulté de tenir compte des adaptations comportementales mises en place par les agriculteurs, et d’évaluer des conséquences de ces choix.