La coopérative agricole Cooperl accusée de harcèlement moral institutionnel


AFP le 10/04/2026 à 16:00

La CFDT a réclamé vendredi 1,4 million d'euros à la Cooperl, mastodonte breton de la production porcine, accusée par le syndicat de pratiquer un harcèlement moral institutionnel.

« Le travail à la Cooperl peut être difficile, mais en aucun cas il ne doit être dangereux », a déclaré Jean-Paul Leclère, défenseur syndical de la CFDT devant le conseil des prud’hommes de Saint-Brieuc.

Le syndicaliste a accusé la coopérative bretonne, qui a réalisé plus de 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2024, de privilégier « les performances économiques à la santé des salariés ». Il a cité en exemple l’indice de fréquence des maladies professionnelles à la Cooperl, qui serait six fois plus élevé que la moyenne nationale.

En 2023, cela aurait provoqué 17 239 jours d’arrêt dus à la surmaladie d’origine professionnelle, pour un coût salarial annuel d’environ 2,5 millions d’euros, pris en charge essentiellement par l’assurance maladie, selon les conclusions de la CFDT.

Le syndicat a réclamé 1,4 million d’euros d’indemnités pour la mise en place de ce « système managérial (…) attentatoire à la santé et à la dignité de ses salariés ».

M. Leclère a en outre demandé l’annulation du licenciement pour faute grave du salarié d’un abattoir, qui avait refusé d’occuper un poste réservé aux gauchers. Atteint d’un trouble musculosquelettique, ce salarié, qui cumulait 26 ans d’ancienneté, a par la suite été reconnu en accident de travail. Ce cas « illustre parfaitement le management de la Cooperl », a estimé le défenseur syndical.

« Stupéfait », l’avocat de la Cooperl Jean-Christophe Gouret a dénoncé une « argumentation totalement délirante » qui « s’appuie sur un tissu de mensonges » et « traîne dans la boue » une entreprise « qui ne le mérite pas ». « J’affirme avec force que la Cooperl est exemplaire en matière de gestion des risques », a soutenu l’avocat, provoquant quelques ricanements dans la salle d’audience.

Mettant en avant l’« approche avant-gardiste » de la coopérative, il a assuré que le taux d’accidents du travail de la Cooperl était « nettement meilleur que celui des entreprises du secteur ».

Me Gouret a en outre balayé les demandes du salarié qui a commis un « acte d’insubordination » en refusant de prendre son poste. « Il n’y avait pas de question de douleurs. Il a dit qu’il n’irait pas à son poste parce qu’on ne lui donnait pas son jour de congé », a soutenu l’avocat.

La décision a été mise en délibéré au 25 septembre.

Avec 4,9 millions de porcs élevés par an, la Cooperl se présente comme le numéro un de la production porcine en France.