Loi d’urgence agricole : la Confédération paysanne dénonce un projet « dangereux »


AFP le 09/04/2026 à 14:40

« Une réponse très médiocre à des problèmes structurels, et dangereuse sur les reculs environnementaux » : la Confédération paysanne n'a pas mâché ses mots jeudi sur le projet de loi d'urgence présenté la veille par la ministre de l'agriculture.

Annie Genevard a présenté mercredi en conseil des ministres un texte de mesures techniques « d’urgence » – notamment réclamé par la FNSEA – qu’elle espère voir adopter cet été.

« Vu les enjeux à venir de maintien des fermes face à un effondrement climatique et de la biodiversité, ce genre de texte enterre clairement la transition agricole », a déclaré la porte-parole Fanny Métrat lors d’une conférence de presse.

« On va monter au créneau et faire en sorte de se mobiliser pour que les parlementaires choisissent l’intérêt général et pas la liste de courses de la FNSEA », le syndicat agricole majoritaire accusé par ses opposants de cogestion avec le gouvernement, a-t-elle ajouté, annonçant de futures mobilisations avec des ONG, comme l’an dernier lors de l’examen de la loi dite Duplomb.

Selon la Confédération paysanne, le texte de 23 articles ne répond pas à la colère agricole de l’hiver, ravivée par la dermatose bovine et l’accord de libre-échange entre des pays du Mercosur et l’UE.

Le syndicat qualifie de « paravents » trois articles concernant la lutte contre la concurrence déloyale de produits importés ne respectant pas les mêmes normes que l’agriculture européenne.

En abordant le thème des produits phytosanitaires, ces articles permettraient au sénateur LR Laurent Duplomb d’introduire par amendement sa deuxième tentative pour réautoriser des produits interdits en France, dont l’acétamipride, estime la Confédération paysanne.

Sur le stockage de l’eau et l’élevage, le syndicat dénonce dans ce projet de loi des reculs environnementaux visant à « accélérer » le modèle « productiviste » qui privilégie les grandes cultures pour l’export et l’élevage intensif au détriment des petits paysans.

Le secrétaire national, Nicolas Fortin, s’est insurgé contre des « reculs démocratiques », avec le renforcement du rôle des préfets dans la gestion de l’eau face à des études scientifiques censées déterminer les volumes prélevables mais parfois « contestées » par des syndicats comme la FNSEA.

Seule partie du texte « salutaire », selon la Confédération paysanne, celle sur les revenus : une « bonne intention » sur les organisations de producteurs et les expérimentations de « tunnel de prix » dans les négociations, avec un prix minimum qui permettrait à l’agriculteur de ne pas vendre à perte.

Mais le syndicat appelle les parlementaires à aller plus loin que l’expérimentation en instituant par amendement des prix planchers qui permettent de rémunérer correctement les agriculteurs et une interdiction d’achat des produits en dessous de leur coût de production.