« Détente attendue » des prix des céréales après l’annonce du cessez-le-feu


AFP le 08/04/2026 à 18:50
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Après être monté à 210 €/t mi-mars, le blé Euronext est à nouveau passé sous les 200 €/t mercredi 8 avril (© Pixel-Shot, AdobeStock)

Les prix des céréales sur les marchés mondiaux ont pratiquement retrouvé leur niveau d'avant le début de la guerre au Moyen-Orient, signe que ces denrées sensibles aux tensions géopolitiques ne sont concernées par ce conflit que de façon limitée, contrairement au secteur des engrais.

Mercredi, alors que les premiers bateaux s’engageaient dans le détroit d’Ormuz après un mois de blocage, blé, maïs ou soja ont vu leurs cours plonger, de Chicago à Paris : une « détente attendue, après l’annonce d’un cessez-le-feu entre Iran et Etats-Unis », relève le courtier Damien Vercambre.

Sur le marché européen, le blé, qui se vendait autour de 197 euros la tonne fin février, juste avant les premiers bombardements américains sur l’Iran, s’échangeait mercredi en séance à 198 euros, après être monté à 210 euros la tonne mi-mars.

« La guerre a provoqué une hausse des prix » sur le marché agricole, « mais pas non plus de manière spectaculaire », résume Jack Scoville, analyste chez Price Futures Group, société de courtage et de gestion d’actifs basée à Chicago.

Michael Zuzolo, analyste chez Global Commodity Analytics and Consulting, juge même que « le décalage est important » entre l’évolution des prix du pétrole brut (WTI), qui a augmenté de plus de 70 % depuis la mi-février, et ceux du blé d’hiver qui « n’ont augmenté que d’environ 4 % ».

Plusieurs raisons expliquent cette situation : en premier lieu, la nature de la crise, qui n’a pas directement touché les fournisseurs de blé, céréale du pain, ou de maïs, prisé du bétail, contrairement à la guerre en Ukraine.

Quand la Russie envahit l’Ukraine en février 2022 – deux géants agricoles pesant plus de 30 % du commerce mondial de blé et plus de 80 % de celui de tournesol -, la suspension du trafic en mer Noire empêche pendant des semaines les livraisons, propulsant les prix du blé à plus de 400 euros la tonne en mai.

« Lourdeur »

La deuxième raison réside dans ce que les observateurs des marchés agricoles appellent « la lourdeur des fondamentaux » : une abondance de céréales sur le marché après de belles récoltes en 2025 et des stocks encore importants chez les principaux exportateurs, alors qu’arrive bientôt la moisson dans l’hémisphère Nord, souligne Gautier Le Molgat, PDG d’Argus Media France.

Enfin, le marché n’a pas été dopé par la demande : les pays importateurs – notamment au Moyen-Orient – ont déjà acheté céréales et fourrages durant l’hiver et, traditionnellement, attendent leurs propres récoltes avant de réévaluer leurs besoins, précise l’analyste.

Pour autant, si le conflit dans le Golfe est avant tout une crise de l’énergie, il a tout de même pesé sur le secteur agricole, touché par la hausse du prix des carburants et des engrais.

La flambée du pétrole a tout de suite entraîné dans son sillage les huiles : les cours du soja ont ainsi « rebondi » et profité aux biocarburants, souligne Jack Scoville.

Mais, ajoute-t-il, c’est surtout le secteur des engrais, dont un tiers du commerce mondial transite par le détroit d’Ormuz, qui a été touché : leur coût élevé pourrait avoir des incidences sur les choix de cultures et sur les surfaces cultivées elles-mêmes.

« Maillon faible »

Même constat en Europe, où les surfaces de céréales ont déjà diminué ces dernières années, notamment en Allemagne, Pologne, Espagne et France. Le prix des engrais, sans baisse significative, aura des répercussions surtout sur l’année 2027, estime Gautier Le Molgat.

Pour cet analyste, cette crise met en lumière nos interdépendances, révélant que le secteur des engrais, en « amont de la production de blé », « est aussi un maillon faible » dans la chaîne globale de l’approvisionnement alimentaire.

Les agriculteurs, qui subissent de plein fouet une augmentation de leurs coûts de production que ne permettent pas de compenser les cours actuels des grains sur le marché, sont pour l’heure les perdants de cet épisode.

Même les « farmers » américains, qui ont reçu récemment plus de 10 milliards de dollars d’aides et qui sont favorisés par une politique nationale en faveur des biocarburants, « vont avoir du mal à gagner de l’argent cette année », estime Jack Scoville.