Annie Genevard arrive les mains vides aux 80 ans de la FNSEA
TNC le 02/04/2026 à 17:56
Alors que le contexte géopolitique pèse sur un secteur agricole français déjà fragilisé, la ministre de l’agriculture n’a rien annoncé de concret lors du congrès du syndicat historique qui fête cette année ses 80 ans. La FNSEA demandait notamment un soutien accentué face à la hausse exponentielle du prix du GNR, en pleine période de travaux dans les champs.
Venue conclure le 80ème congrès de la FNSEA à Caen, le 2 avril, la ministre de l’agriculture a été bruyamment, mais gentiment, accueillie par des pancartes « GNR » brandies par l’assistance. Jugeant insuffisantes les aides annoncées la semaine passée, le syndicat demandait en effet un coup de pouce supplémentaire de 30 centimes le litre sur le carburant agricole.
Malgré une intervention ponctuée de marques de soutien au syndicat agricole historique, Annie Genevard n’a cependant rien annoncé de nouveau ni sur cette question, ni sur les autres demandes formulées par le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau.
Sur le GNR, la ministre a reconnu être « très consciente et très préoccupée de l’impact du conflit sur le coût énergétique » de l’activité agricole, et a rappelé que les aides pourront être réévaluées en fonction de l’évolution du conflit, comme promis en début de semaine par le Premier ministre.
Si « l’heure n’est pas encore au bilan », c’est pourtant l’exercice auquel se sont livrés la ministre et le président de la FNSEA. Arnaud Rousseau s’est ainsi félicité des victoires syndicales, insuffisamment valorisées : l’agriculture reconnue d’intérêt général majeur, la mise en avant de la souveraineté alimentaire en tant que « cap » à suivre, le calcul de la retraite sur les 25 meilleures années, la loi Duplomb, la mobilisation pour des aides d’urgence pendant la DNC…
En écho, Annie Genevard est revenue sur les résultats de son action au cours des derniers mois : une stratégie sanitaire victorieuse contre la DNC, des prêts structurels prolongés, mesures « exceptionnelles » pour faire face aux conséquences de la guerre au Moyen-Orient…
Du « concret » dans la loi d’urgence
Quant aux demandes de la profession, la ministre a surtout fait part d’intentions. Ainsi, sur la tuberculose bovine, un travail est en cours « pour en revaloriser la prise en compte dans les indemnisations », a-t-elle indiqué.
Concernant le sujet brûlant du MACF, « je ne lâche rien », a-t-elle à nouveau promis. Tout comme sur la défense du budget de la Pac, ou sur l’activation de la réserve de crise pour les céréaliers.
D’autres réponses, notamment sur l’eau ou les moyens de production, seront apportées par la loi d’urgence mise au calendrier parlementaire avec une rapidité notable, a par ailleurs souligné la ministre qui en attend « du concret », et des « changements visibles et mesurables dans les cours de ferme ». Le texte de loi sera présenté le 8 avril au conseil des ministres.
Interpellée par Arnaud Rousseau sur l’utilisation du reliquat des aides à la conversion bio, Annie Genevard a indiqué vouloir dédier ces fonds à la souveraineté alimentaire, aux enveloppes d’investissement dans les Régions, soutien aux zones intermédiaires et à la bio, comme le souhaite également la FNSEA.
Vers de nouvelles mobilisations ?
Concédant que toutes les décisions ne sont pas dans la main de la ministre, notamment l’aide sur le GNR, Arnaud Rousseau déplore néanmoins, « beaucoup, beaucoup de délais » entre « les annonces et leur déclinaison dans les cours de ferme ». « On ne voit pas les choses avancer au bon rythme » sur certains dossiers mis sur la table depuis un moment – reliquat à la conversion bio, ou encore la tuberculose bovine, ajoute-t-il.
Quant au GNR, le risque est surtout « qu’il y ait des agriculteurs qui n’emblavent pas cet été », avec un carburant passé à 1,20-1,30 € le litre, alors qu’il était, avant la guerre, à 50-60 centimes le litre. Or, un agriculteur utilise en moyenne 120 litre par an par hectare, indique le président de la FNSEA.
Est-il temps, alors, de retourner manifester ? Probablement pas dans l’immédiat, puisque les travaux battent leur plein dans les champs et que les agriculteurs veulent avant tout travailler, explique Arnaud Rousseau, qui a néanmoins affirmé, devant les congressistes, que « sans la prise en charge de 30 centimes sur le GNR, sans la suspension du MACF sur les engrais, sans une protection réelle contre les distorsions de concurrence, sans réponse à la crise céréalière : nous reprendrons nos mobilisations là où nous les avons laissées ! ».