Les cours des céréales ballottés par le pétrole, les huiles soutenues par le biodiesel


AFP le 01/04/2026 à 18:10
5bc11ab3-8-les-cours-des-cereales-ballottes-par-le-petrole-les-huiles-soutenues-par-le-biod

Le prix du blé s'est légèrement raffermi ces derniers jours, avant de se replier mercredi 1er avril sous l'effet des déclarations de Donald Trump sur une possible désescalade de la guerre en Iran. (© Miha Creative, AdobeStock)

De Chicago à Paris, les cours des céréales restent incertains, largement gouvernés par le pétrole et la guerre au Moyen-Orient, quand ceux des oléagineux trouvent un soutien dans les perspectives de demande accrue en biocarburant.

« Un coup ça monte, un coup ça descend, l’incertitude se voit sur tous les marchés » de céréales, résume Damien Vercambre, de la société Inter-Courtage.

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient le 28 février, les prix mondiaux du blé et du maïs suivent essentiellement les yoyos du pétrole, bien que dans une moindre ampleur.

Le blé s’est ainsi légèrement raffermi cette semaine, avant de se replier mercredi suivant l’or noir, influencé par les déclarations de Donald Trump sur un possible départ d’Iran d’ici « deux ou trois semaines ».

Depuis près de cinq semaines, les céréales affichent in fine une certaine fermeté, mais rien à voir avec le choc de l’invasion russe en Ukraine en 2022, note M. Vercambre : cette fois ce n’est pas une crise « entre pays producteurs de céréales. On ne verra pas le blé monter à 400 euros » sur le marché européen. Le blé meunier était mercredi à environ 201 euros sur l’échéance de mai.

En revanche « les opérateurs vont rester prudents », estime le courtier.

« Ceux qui ont besoin d’acheter vont patienter un peu si on a une sortie de crise envisageable ».

Avant tout, les acteurs des marchés agricoles surveillent l’impact possible de la hausse des prix des engrais liée au quasi-blocage du détroit d’Ormuz – où transitent un tiers des fertilisants mondiaux.

En cette sortie d’hiver et début de travaux des champs, cette flambée pourrait très vite influencer les stratégies des agriculteurs, qui pourraient privilégier des cultures moins dépendantes des engrais azotés (soja, colza) au détriment d’autres productions.

Déjà, les prévisions trimestrielles de semis aux Etats-Unis publiées vendredi par le ministère américain de l’Agriculture montrent un léger repli des surfaces de maïs et de blé prévues cette année par rapport à 2025, et une légère progression du soja.

Mais pour les analystes interrogés par l’AFP, ces anticipations compilées depuis plusieurs semaines ne reflètent probablement pas la réalité d’aujourd’hui : ces chiffres sont certainement « déjà obsolètes », car depuis, les prix des engrais ont encore augmenté, souligne M. Vercambre.

Arlan Suderman, de la société américaine StoneX, constate « une réaction positive » des marchés aux estimations de surfaces semées publiées vendredi.

A ce stade, « cela nous laisse une superficie suffisante consacrée au maïs (…), mais si cette superficie venait à diminuer, nous pourrions assister à un glissement plus marqué vers le soja en raison du programme de biocarburants, ce qui pourrait nous mettre dans une situation plus tendue », dit-il.

Le sujet des biocarburants est de fait l’autre déterminant du moment sur les marchés.

Aux Etats-Unis, une directive imposant des quotas relevés de biocarburants aux raffineurs a contribué à soutenir le prix du soja américain, et dans une moindre mesure le maïs. Même si le mouvement n’a pas été spectaculaire: cette annonce était « anticipée », note Dewey Strickler, d’AG Watch Market Advisors : « le marché n’y a pas vraiment prêté attention (…) c’était déjà largement pris en compte dans les cours ».

Dans le même temps, les cours de l’huile de palme ont grimpé en Asie, « boostés par les perspectives de biodiesel B50 en Indonésie », explique Gautier Le Molgat, d’Argus Media.

Le géant asiatique, qui souffre particulièrement de la crise pétrolière engendrée par la guerre dans le Golfe persique, a annoncé son intention d’accroître l’incorporation de biocarburant issu d’huile de palme dans le diesel.