Prix : peut-on soutenir les agriculteurs sans pénaliser les consommateurs ?


TNC le 01/04/2026 à 15:42
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Entre soutien aux producteurs ou maintien de prix alimentaires peu élevés, les Etats doivent souvent faire des choix. (© Adobe Stock_Aleksandr)

Déterminant pour le revenu des agriculteurs, la sécurité alimentaire et la compétitivité des filières, le Soutien aux prix du marché (SPM) mesure l’impact des politiques commerciales et de régulation sur les prix payés aux producteurs. Quels enseignements peut-on tirer de l’utilisation de ce soutien dans les différentes zones du monde ?

Le Soutien aux prix du marché (SPM) traduit deux grandes orientations politiques : soit un soutien aux producteurs, en maintenant des prix intérieurs élevés, soit une taxation implicite de l’agriculture pour contenir les prix alimentaires ou capter des recettes publiques sur l’exportation, explique Abdoul Fattath Tapsoba, responsable d’études à la Fondation FARM et doctorant au CERDI, dans un article publié le 26 janvier sur le site de la fondation. Son analyse s’appuie sur les données de l’Observatoire mondial des soutiens publics à l’agriculture et à l’alimentation, créé par Farm en 2022.

Que mesure le Soutien aux prix du marché (SPM) ?

Techniquement, le SPM mesure l’écart entre le prix intérieur perçu par un agriculteur pour sa production et le prix de référence lié au commerce international, ajusté pour être comparable au prix observé sur le marché intérieur. Cet écart est la conséquence directe de politiques publiques, entre droits de douane, quotas d’importation, prix garantis, ou taxes à l’exportation, et contrôle des prix.

Ainsi, si le SPM est positif, c’est que le prix intérieur payé au producteur est supérieur au prix de référence lié au commerce international. Ce choix peut stimuler la production agricole nationale, et les revenus des agriculteurs, tout en risquant un renchérissement du coût de l’alimentation pour les consommateurs.

Un SPM négatif traduit de son côté un prix payé aux agriculteurs inférieur au niveau des prix de référence internationaux, qui peut être considéré comme une taxation implicite de la production agricole. Ce choix est plus fréquemment fait lorsque les pouvoirs publics veulent maintenir des prix alimentaires bas, faisant primer la stabilité sociale en ville sur la rémunération des producteurs, par exemple en Afrique subsaharienne.

Un SPM nul ou proche de zéro indique un environnement relativement sans distorsion.

Une forte hétérogénéité mondiale des politiques de soutien

Alors que l’Europe et l’Amérique du Nord ont longtemps recouru au SPM comme instrument de soutien, cette dynamique s’est désormais déplacée vers l’Asie de l’Est (principalement la Chine) qui concentre aujourd’hui l’essentiel du soutien positif aux prix avec 243 milliards de dollars (80 % du total mondial), indique Abdoul Fattath Tapsoba.

L’Union européenne présente néanmoins toujours un SPM positif, avec 14 milliards de dollars, traduisant le maintien de mécanismes de soutien aux prix dans certains segments agricoles. Ce soutien est principalement dirigé vers les viandes de volaille (5,9 milliards de dollars), les viandes bovines (3,8 milliards de dollars) et la pomme de terre (1,34 milliard de dollars).

En Asie du Sud, le SPM est en revanche négatif, – 120,2 milliards de dollars. En Inde, le SPM descend à – 126,6 milliards de dollars, en lien avec des restrictions à l’exportation et des dispositifs de contrôle des prix (lait, riz et blé). Pour autant, les dépenses publiques dans le pays représentent 115 milliards de dollars, ce qui atténue, au global, le poids du SPM.

La différence est nette avec l’Amérique du Sud, où le SPM atteint – 708 millions de dollars, les pays faisant le choix de taxer implicitement l’agriculture pour soutenir le pouvoir d’achat des consommateurs ou les finances publiques.

Quels produits bénéficient de ce soutien ?

Enfin, le SPM concerne certains produits plus que d’autres, en particulier les protéines animales et les céréales, qui rassemblent 290 milliards de dollars, soit deux tiers du SPM positif mondial : 44,2 milliards de dollars pour les viandes de porc, 32,5 milliards pour la volaille, 27,9 milliards pour les viandes bovines et ovines, et 6,9 milliards pour les œufs. Le SPM pour le riz atteint 40 milliards, et celui pour le maïs atteint 38,8 milliards.

En revanche, le lait « subit la taxation implicite la plus élevée au niveau mondial », à – 36,9 milliards de dollars, surtout en raison des politiques mises en place en Inde, explique Abdoul Fattath Tapsoba. Les cultures d’exportation sont également pénalisées par ces politiques de prix.

Néanmoins, dans un contexte mondial perturbé par les crises géopolitiques et la volatilité des marchés, ces arbitrages politiques sont amenés à évoluer, estime l’auteur, pour qui « la question n’est plus de savoir si les Etats doivent repenser leurs instruments de soutien, mais comment les rendre compatibles avec les impératifs de durabilité, de résilience et d’équité ».