Betteraves sucrières : de bonnes conditions de semis, mais un contexte très flou
TNC le 27/03/2026 à 17:30
Au 24 mars, « on compte environ 80 % des surfaces emblavées », estime Ghislain Malatesta, directeur du département expérimentation de l’Institut technique de la betterave (ITB). L’occasion de faire un point sur les conditions de semis et le début de cette campagne betteravière 2026 avec trois agriculteurs.
« Les conditions de semis des betteraves sucrières ont été relativement bonnes jusque-là, avec deux périodes distinctes : début mars et entre le 17 et le 24 mars, indique Ghislain Malatesta de l’ITB. À voir encore pour les 20 % de surfaces restant à semer, la date moyenne pourrait se situer autour du 22-23 mars pour cette campagne 2026, donc plutôt précoce, ce qui est de bon augure pour le cycle de la culture », estime le spécialiste.
« Le froid ne semble pas inquiétant à ce stade »
« Ainsi, on a plus de chance d’avoir des betteraves bien développées et fortes à l’arrivée des pucerons, note Alexis Leherle, agriculteur dans le sud-ouest de la Marne. Ça peut avoir aussi d’autres inconvénients, notamment une gestion plus étalée du désherbage si on a des périodes de froid et que les betteraves végètent un peu ». Le planteur témoigne néanmoins de « supers conditions de semis cette année » : « nous avons le semoir en commun avec un agriculteur voisin et tout s’est très bien passé, les semis sont terminés depuis le 22 mars ».
« Nous avons eu – 3°C ce vendredi 27 mars, à la levée du jour. Les betteraves commençant à germer, je ne pense pas qu’il y ait trop de risque pour le moment. » Chez Sébastien Loriette, dans les Ardennes, les premières betteraves ont été semées au 8 mars (10 %) : « elles sont au stade cotylédons, c’est plus rassurant qu’au stade crosse avec les — 3/- 4°C de ce matin, mais on verra ! Le reste a été semé la semaine dernière, dans de bonnes conditions aussi. On étale les emblavements par rapport aux dates d’arrachage ».
Aïe aïe aïe ���� pic.twitter.com/qmxWBvfHe7
— Loriette sebastien (@sebloriette) March 27, 2026
Chez Frédéric Choiselat, planteur dans l’Aube, « on évite de semer trop tôt car on a toujours peur des gelées tardives ». « Le froid ne semble pas inquiétant à ce stade », estime Ghislain Malatesta de l’ITB. L’expert craint en revanche « un phénomène de battance dans certains secteurs, à cause des pluies qui ont arrêté les deux périodes de semis ». « Cela pourrait entraîner des levées hétérogènes pour les parcelles concernées. »
Vigilance face aux pucerons
Les agriculteurs se disent plus inquiets pour la suite, et notamment vis-à-vis des pucerons et de la jaunisse de la betterave. « On se bat depuis plusieurs années pour avoir les mêmes outils que nos voisins européens, mais on n’y arrive pas », note Frédéric Choiselat.
La campagne d’échantillonnage menée fin janvier par l’ITB a révélé une présence virale particulièrement élevée : 37 % des betteraves présentes en culture de céréale post-betterave étaient contaminées et plus de deux tiers des échantillons issus des cordons de déterrage l’étaient également. « Ce n’est pas très étonnant vu la campagne dernière », souligne Alexis Leherle.
Fin des semis de #BetteravesSucrières par la parcelle la moins large de la ferme (21 m), mais 800 m de long.
Le travail commence pour protéger les @_MissBetter jusqu'à la récolte avec les moyens limités disponibles en France…#ViensOnSème �� pic.twitter.com/r3KYP8KzQy— Alexis Leherle (@AlexisLeherle) March 22, 2026
« Sur les 2 sites de l’exploitation, situés à 30 km de distance, on a eu un site très peu touché par la jaunisse et une baisse de rendement de l’ordre de 20 % sur le deuxième. »
Dans son choix variétal, Alexis Leherle prend aussi toujours soin de miser sur une bonne vigueur de départ. « À laquelle, il faut aussi associer une bonne tolérance à la cercosporiose, une bonne résistance à la sécheresse pour les parcelles en sols sableux, etc. C’est toujours un casse-tête au mois de décembre ! »
En ce qui concerne le désherbage, « le programme est déjà établi, en fonction de la flore des parcelles, et il reste à adapter en fonction de l’année, précise l’agriculteur. Il existe plusieurs produits pré-mélangés, faciles d’utilisation, mais je préfère utiliser des produits simples. Cela me permet de mieux adapter le programme au cours de la campagne. J’utilise aussi le désherbage mécanique, un passage minimum dans les parcelles, voire 2 si les conditions le permettent ».
« Jachère en 2027 ? »
Si les conditions de semis des betteraves sucrières sont relativement bonnes cette année, « on ne peut pas dire qu’on soit optimiste pour autant », souligne Frédéric Choiselat. Les trois agriculteurs partagent les mêmes inquiétudes quant au contexte économique très flou de la campagne, « entre l’inflation des prix des engrais, du GNR, et un marché du sucre fragile… ».
« L’accord commercial signé cette semaine entre l’Union européenne et l’Australie ne concerne pas de gros volumes de sucre de canne, mais c’est un point de plus pour déséquilibrer notre marché, que fait l’Europe ? Veut-elle détruire son agriculture ? On a aucune explication derrière ces choix et on subit malheureusement », note Alexis Leherle.
« Habituellement je réalise mes commandes d’engrais minéraux en début d’été, mais cela reste très flou aujourd’hui. On peut penser se tourner aussi vers les engrais organiques, même s’ils risquent de suivre la tendance et on peut se questionner sur leur disponibilité. On essaye de diversifier l’assolement pour limiter un peu la casse, mais on ne maîtrise pas tous les paramètres… » « Je suis couvert à 80 % pour les engrais 2027, mais c’est compliqué avec la trésorerie tendue », indique Sébastien Loriette. Frédéric Choiselat a, de son côté, commandé un premier camion d’engrais de fond, mais n’est pas couvert pour l’azote.
« J’étais en tour de plaine hier et plusieurs agriculteurs se posaient la question de mettre toute leur exploitation en jachère en 2027. On ne peut pas se permettre d’implanter des cultures pour perdre de l’argent, alerte le producteur. Déjà que les résultats n’ont pas été exceptionnels en 2025, et que 2026 ne s’annonce pas meilleur. Que faire pour la campagne suivante si les prix des engrais sont multipliés par trois et que les cours du blé et des betteraves ne bougent pas ? »