Trois ans après Sainte-Soline, face-à-face tendu entre pro et antibassines à Poitiers


AFP le 26/03/2026 à 10:30

Trois ans après les violences de Sainte-Soline (Deux-Sèvres), quelques centaines de militants antibassines ont manifesté mercredi à Poitiers, avec un face-à-face tendu et des jets d'œufs lorsqu'ils ont croisé une manifestation concurrente de la Coordination rurale rassemblant une quarantaine d'agriculteurs, a constaté l'AFP.

Selon la police, 200 à 300 opposants à ces retenues d’eau se sont rassemblés à Poitiers pour le troisième anniversaire d’une manifestation interdite organisée près de la « mégabassine » contestée de Sainte-Soline, en mars 2023, qui avait dégénéré en affrontements entre manifestants et gendarmes, avec plusieurs blessés graves.

En fin du cortège mercredi soir, une brève confrontation les a opposés à des membres du syndicat agricole Coordination rurale de la Vienne (CR86).

Des jets d’œufs ont été observés et des cris et huées ont retenti, ont constaté des journalistes de l’AFP. Les policiers ont rapidement formé un cordon pour séparer les manifestants, dans le calme, et le cortège antibassines a poursuivi sa marche.

« Il y a six mois, déjà, (les agriculteurs) avaient appelé à une contre-manifestation. Cette fois, ils ont recommencé », a déclaré à l’AFP Anne-Morwenn Pastier, du collectif Bassines Non Merci (BNM) de la Vienne, faisant allusion à une manifestation antibassines fin octobre à Poitiers perturbée par plusieurs syndicats agricoles. « On n’est pas leurs ennemis. Nous aussi, on est là pour défendre l’agriculture et un juste partage de l’eau », a-t-elle ajouté.

À quelques kilomètres de Sainte-Soline, BNM a revendiqué mercredi soir 200 manifestants à Melle (Deux-Sèvres), où les antibassines se réunissent jusqu’à samedi pour des rencontres et tables rondes.

La CR a appelé de son côté à un rassemblement samedi (10h) devant la retenue de Sainte-Soline, dont le remplissage est pour l’heure suspendu sur décision de justice.

« On a une Coordination rurale très menaçante », a prévenu Julien Le Guet, porte-parole de BNM, mercredi soir à Melle. « On risque d’être exposé à des provocations, à des menaces. Le piège serait d’y répondre. » Quatre des manifestants grièvement blessés à Sainte-Soline en 2023 ont vu leur plainte classée sans suite par le parquet de Rennes, mais de nouvelles plaintes ont été déposées en janvier, cette fois avec constitution de partie civile, afin d’obtenir la nomination d’un juge d’instruction.

Les détracteurs des « mégabassines » dénoncent un « accaparement » de l’eau par l’agro-industrie. Les partisans de ces réserves y voient une assurance-récolte indispensable face aux sécheresses à répétition.