A Paris, le Bordelais déroule ses innovations pour contrer la déconsommation
AFP le 25/03/2026 à 12:30
Plus de blancs, appellation nouvelle, vin au verre... Voici « le nouveau visage de Bordeaux », sont venus dire mardi à Paris des représentants du célèbre vignoble, qui multiplie les innovations pour contrer une baisse historique de consommation.
« Bordeaux depuis cinq ans vit dans la tourmente de la crise viticole », frappé par un moindre engouement pour le vin rouge et le repli des marchés chinois et américain, a souligné devant la presse Bernard Farges, président du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB).
Sous l’effet de plans d’arrachage « nécessaires » face à la surproduction, le vignoble est « en profonde mutation, avec des changements durs. Dans certaines communes c’est plus de la moitié du vignoble qui a disparu ou va disparaître », a souligné le viticulteur : les surfaces en appellation d’origine protégée (AOP) ont reculé de 20 % depuis 2021 et un plan supplémentaire est prévu cette année.
Mais « nous avons des actions plus positives : comment mieux partager nos vins, travailler sur la recherche de nouveaux consommateurs », ajoute-t-il, évoquant « une dynamique collective forte, décidée, dans des réunions parfois houleuses, avec la volonté de construire et innover ».
Les blancs grignotent de la surface : 13 % (hors vins doux) en 2025 contre 9,3 % en 2016. Une appellation médoc blanc a été créée, qui verra ses premières bouteilles commercialisées d’ici la fin avril : ses promoteurs espèrent 500 hectares d’ici quelques années (60 aujourd’hui). Une appellation permet d’identifier un terroir, de valoriser le produit.
« C’est recréer de la surprise, sortir du stéréotype du médoc rouge des grands repas », pour un « prix correct » de 15-30 euros, explique Hélène Larrieu, directrice de l’Organisme de défense et de gestion (ODG) Médoc.
D’autres comme Saint-Emilion envisagent aussi une appellation en blanc, tandis qu’à Sauternes les opérateurs « sont mûrs » pour une appellation « sec », selon M. Farges. Les crémants permettent aussi à des vignobles de rouge de faire du blanc.
Inversement, l’entre-deux-mers intègre désormais du rouge, tandis que l’on relance le claret, un rouge léger.
Le vin désalcoolisé, « d’abord une curiosité, profite d’une vraie dynamique », selon M. Farges, via de gros opérateurs mais aussi un premier grand cru classé de 1855 (Château Sigalas Rabaud) qui propose désormais un liquoreux sans alcool.
Du côté de la commercialisation, les 25-45 ans sont visés à travers des événements gastronomiques, les cavistes, des opérations auprès des cafés. Pour la première fois, un stand Bordeaux sera à la foire Vinitaly de Vérone en avril, « pour montrer non seulement aux Italiens mais aussi aux Américains très présents que Bordeaux change fortement dans ses approches de marché », explique le négociant Jean-Pierre Durand.