Les exploitations céréalières françaises plus compétitives que les roumaines ?


TNC le 24/03/2026 à 11:36
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Les exploitations céréalières roumaines ont des performances économiques bien supérieures à celles de leurs homologues européennes, mais sont moins performantes à SAU équivalente. (© Adobe Stock_pfongabe33)

À SAU équivalente, les fermes françaises spécialisées en grandes cultures obtiennent de meilleurs résultats que leurs concurrentes en Roumanie, indique un récent rapport du CGAAER. Néanmoins, le modèle hexagonal reste fortement vulnérable aux hausses de coût des intrants – ce que rappelle également le contexte actuel – et à la volatilité des prix .

Alors que la France perd depuis des années des parts de marchés et que la dégradation de sa balance commerciale agro-alimentaire a atteint en 2025 un niveau inédit, où se situe le déficit de compétitivité ? Rédigé par Anne Dufour et Alessandra Kirsch, un rapport du CGAAER, publié en février, a comparé le résultat économique des fermes françaises et celui de leurs concurrentes, identifiant les facteurs qui pèsent sur la rentabilité et les catégories de dimension économique les plus efficientes. Les conclusions diffèrent en fonction des productions étudiées (grandes cultures, bovins lait et volaille de chair).

L’analyse a été menée à partir des chiffres de 2021, année relativement classique en termes de prix, avec une analyse rétrospective (2018–2022) pour contextualiser les tendances, précise le rapport.

En grandes cultures, forte technicité et produit élevé par hectare

Pour les exploitations spécialisées en céréales et oléoprotéagineux, les pays concurrents identifiés dans l’étude sont l’Allemagne, la Roumanie, et Pologne. En moyenne sur les cinq dernières campagnes, l’Allemagne et la Roumanie sont les deuxième et troisième pays exportateurs de céréales (hors UE) après la France. La Roumanie a même dépassé la France sur la campagne 2024/2025, précise le rapport du CGAAER. La mission a ainsi passé au crible les différents déterminants de la productivité et de l’efficience : surfaces cultivables, produit brut par hectare, charges, travail.

En France, la plus grande partie de la production est réalisée par la classe d’exploitations dont le PBS est compris entre 100 et 500 k€. Dans le rapport, elle est divisée en deux classes (100 < 250 k€ et 250 – 500 k€). On constate ainsi qu’en 2021, « les exploitations céréalières françaises ont généré un EBE et un RCAI supérieur à celui de leurs homologues allemandes, dans les deux classes considérées, mais très inférieur à celui des exploitations roumaines », indique le CGAAER.

Sur le plan de la production par hectare, les exploitations françaises sont même « très performantes », se révélant aussi productives que leurs homologues allemandes, et nettement plus productives que leurs homologues roumaines qui disposent, à dimension économique égale, de 1,5 fois plus de terres arables par ferme, comparativement à la France.

L’Hexagone se distingue par une bonne maîtrise des coûts spécifiques à la gestion des cultures, avec une gestion des intrants plus judicieuse  par rapport à l’Allemagne notamment, en 2021 tout du moins car la situation diffère en fonction des années. « Les exploitations françaises maximisent le produit des cultures pour compenser des surfaces réduites qui ne permettent pas d’écraser des charges fixes élevées », note le CGAAER. « À l’avenir, la diminution des intrants pèsera plus fortement en France que dans des systèmes moins intensifs », précise le rapport qui recommande aux politiques publiques d’encourager l’extensification des systèmes.

Coût du travail et aides moindres pénalisent les exploitations françaises

Au sein des quatre pays étudiés, le CGAAER note un gros avantage comparatif pour la Roumanie en matière de coût du travail, ce qui favorise un recours accru au salariat. Cette situation explique en partie l’externalisation des travaux, plus importante en France.

Au niveau des aides, les exploitations allemandes sont avantagées par rapport à la France où, en 2020, le moyenne des paiements directs par hectare se situe sous la moyenne européenne, indique le rapport. Pour les exploitations de la classe 100-250 k€, la part des aides directes dans la production atteint 14 % en France, quant elle monte à 20 % en Allemagne, et 18 % en Roumanie. Pour les exploitations de la classe 250 – 500 k€, ce ratio est de 13 % en France, de 18 % en Allemagne et de 17 % en Roumanie.

(© CGAAER)

À SAU équivalente, les exploitations françaises plus performantes

La mission du CGAAER a également comparé les performances économiques des exploitations à SAU équivalente, pour des exploitations dont la superficie est comprise entre 250 et 344 ha.

Le niveau de production par exploitation est meilleur en Allemagne, mais du fait de consommations intermédiaires élevées, de charges salariales et de fermages plus importants que chez leurs concurrents, l’EBE par exploitation et l’UTANS (unité de travail non salarié) y est plus faible.

Si l’on compare l’EBE/UTANS, les résultats français et allemands sont « très proches » quelle que soit l’année, tandis que les exploitations roumaines montrent un « net avantage », surtout en 2022. « Cet avantage reste lié au fait que le travail est majoritairement réalisé par les salariés en Roumanie alors qu’en France et en Allemagne, les chefs d’exploitations représentent les trois quarts des UTA. Les exploitations roumaines présentent en moyenne un nombre d’UTANS bien inférieur à celui des exploitations françaises et allemandes, ce qui conduit à augmenter leur ratio EBE/UTANS », souligne le rapport.

(© CGAAER)

Ainsi, à surfaces équivalentes, à l’échelle de l’exploitation, les fermes françaises dégagent un meilleur EBE que les exploitations roumaines, constate le CGAAER. Néanmoins, le modèle français repose sur des surfaces relativement restreintes, et « cette stratégie qui implique une productivité forte est sensible à tout élément qui impacte les moyens de production (molécules disponibles et coût des intrants notamment) et les prix de vente », ajoute le rapport. Les dernières années, non prises en compte par la mission du CGAAER, l’ont d’ailleurs démontré. À l’opposé, le modèle roumain sera « moins sensible aux aléas du marché et aux contraintes environnementales en raison d’une gestion plus extensive rendue possible par de grandes surfaces par exploitation et un faible coût de la main-d’oeuvre », précise le rapport.