Avec la guerre en Iran, l’agriculture française à la veille d’un choc économique ?
TNC le 13/03/2026 à 14:22
Le conflit initié au Moyen-Orient par les États-Unis et Israël aura des conséquences économiques sur l’agriculture, avec un nouvel alourdissement des charges qui se profile. Thierry Pouch, chef du service études et prospectives de Chambres d'Agriculture France, fait le point sur les impacts de la guerre pour le secteur agricole.
Les hydrocarbures constituent aujourd’hui une première source d’alourdissement des charges, avec une augmentation constatée du prix du baril de pétrole et une hausse du prix du gaz, et ce pour deux raisons. D’une part, la région où se déroulent les opérations militaires est productrice d’hydrocarbures, et d’autre part, le blocage actuel du détroit d’Ormuz perturbe les échanges mondiaux, puisque 20 % du pétrole mondial y transite.
Entre flambée des prix et restrictions possibles, c’est une double peine pour les agriculteurs, explique Thierry Pouch, dans une vidéo mise en ligne par les Chambres d’agriculture.
Deuxième source d’alourdissement des charges : les engrais. 30 % des flux d’urée et 20 % des flux d’ammoniac transitent eux aussi par ce fameux détroit d’Ormuz, et l’on constate d’ores et déjà une augmentation assez nette du prix de ces deux éléments.
Vers une nouvelle année dans le rouge pour les céréaliers
Si ces augmentations des coûts ne sont pas compensées par une hausse des cours des matières premières, et notamment des céréales, « les céréaliers pourraient vivre en France un nouvel épisode d’alourdissement de la dégradation de leur trésorerie », comme lors des trois années précédentes, prévient l’économiste.
En parallèle, le blocage du détroit d’Ormuz perturbe également les échanges de grains, puisque 4 % des céréales mondiales y transitent et que huit pays dépendent de ces entrées de grains pour leur approvisionnement alimentaire, ce qui risque de créer des pénuries à plus ou moins brève échéance, explique Thierry Pouch.
La résurgence de pressions inflationnistes
L’inflation pourrait également faire son grand retour, comme au moment de la guerre en Ukraine. Elle passerait par l’augmentation du prix de l’énergie et du prix des engrais, qui se répercuteraient au final sur les prix des biens alimentaires consommés par les ménages, indique l’économiste.
Or cette consommation alimentaire a beaucoup de difficultés à se redresser depuis 2022. « Nous sommes toujours dans une consommation alimentaire restreinte » en lien avec les arbitrages effectués par les consommateurs qui subissent également la hausse des prix sur d’autres postes de dépense.
« Si la guerre est appelée à durer, nous sommes à la veille d’un choc économique qui pourrait être, encore une fois, préjudiciable pour l’agriculture française », insiste Thierry Pouch. Et quoiqu’il en soit, les augmentations de prix actuelles sur le gaz, le pétrole et les engrais auront un impact d’au moins plusieurs mois, avec des répercussions sur l’inflation, conclut l’économiste.