Jérôme Grisel, agriculteur et maire : « il faut du bon sens, du bon sens paysan ! »
TNC le 09/03/2026 à 05:18
D’élection en élection, les agriculteurs candidats au poste de maire dans leur commune se font de plus en plus rares, le plus souvent par manque de temps, mais aussi parce que les agriculteurs se font eux-mêmes plus rares. Pourtant, il est indispensable que cette profession soit représentée à l’échelle locale. Rencontre de Jérôme Grisel, éleveur de vaches allaitantes et maire du Mesnil-Lieubray (76) depuis plus de 30 ans.
Dans le petit village du Mesnil-Lieubray en Seine-Maritime (76), Jérôme Grisel est éleveur de vaches allaitantes et maire depuis 1995, « j’ai été élu en même temps que Jacques Chirac », s’amuse l’éleveur.
Jérôme est entré dans le conseil municipal à l’âge de 19 ans et ne l’a jamais quitté depuis, mais pour lui, « être conseiller municipal et maire ce n’est pas du tout la même chose, en termes de temps à passer ou de responsabilités » assure-t-il.
Voir collectif et savoir s’investir
Pour concilier le travail à la ferme et celui de la mairie, Jérôme reconnaît qu’il faut tout de même « réussir à quitter son travail personnel pour aller défendre les intérêts des autres, et puis la vie de famille en prend un coup parfois ».
L’aspect relationnel et le contact avec les gens, c’est ce qui lui plaît le plus dans son rôle de maire, « à la fin du confinement, j’étais content de retourner à la mairie faire les permanences et les réunions, j’avais trouvé le temps long sans ça », lâche-t-il.
Pour le maire de ce village d’une petite centaine d’habitants, il est normal qu’il y ait de moins en moins de maires agriculteurs. « Déjà, nous les agriculteurs on est de moins en moins nombreux, et puis il faut avoir le temps, annonce-t-il. Aussi, les gens sont de plus en plus individualistes maintenant, il faut voir collectif pour prendre ce poste, et ne pas avoir peur de prendre des responsabilités ».
Entre ses responsabilités de la mairie, de la communauté de communes, du syndicat des eaux et d’autres encore, rares sont les semaines sans réunions pour Jérôme, « c’est presque un mi-temps avec tout ça, mais il faut savoirs’investir, vraiment, pas seulement prendre la place. Et puis je suis éleveur allaitant, alors parfois j’organise mon travail en fonction des responsabilités extérieures, si j’avais été éleveur laitier ça ne serait pas possible, presque toutes les réunions sont à l’heure de la traite », lâche-t-il.
« Du bon sens, et ça, on l’a en agriculture, le bon sens paysan »
« Pour être à la tête d’une commune, ce qu’il faut surtout c’est du bon sens, et ça, on l’a en agriculture, le bon sens paysan !
Il y a quelques années on a remplacé la chaudière de la mairie et du logement communal qui était au fioul par une chaudière aux granulés de bois, raconte Jérôme. On a voulu me vendre un silo de 3 tonnes, on m’a pris pour un fou mais j’en ai pris un de 9 tonnes. Résultat il y a 70 € de différence à la tonne de granulés de bois grâce au volume livré, et on fait tout l’hiver avec une seule livraison ! Il faut avoir son bas de laine, de la trésorerie en cas de pépin pour ne pas avoir à faire d’emprunts en cas d’imprévus, en tout cas c’est comme ça qu’il faut raisonner en agriculture sinon on ne dure pas longtemps, tranche-t-il, alors je raisonne pareil pour ma commune ».
Dans nombre de communes, les impôts locaux augmentent lorsque le besoin se fait sentir, mais au Mesnil-Lieubray, Jérôme Grisel assure « je n’y ai jamais touché depuis que je suis maire. Et puis souvent, les premiers impôts qui sont augmentés, c’est la taxe foncière sur les propriétés non bâties, enfin surtout s’il n’y a pas d’agriculteur dans le conseil », lâche-t-il.
Comme tout agriculteur, Jérôme connaît bien sa commune, « il faut des gens qui connaissent le village, ses habitants, son terrain, son histoire, il faut des anciens, mais pas seulement », sourit-il.
Depuis que je présente ma liste aux municipales, je n’ai eu qu’une fois une liste en face, suite à des discordes en mairie, raconte l’agriculteur, mais c’était exceptionnel, et puis nous sommes tout de même passés au premier tour, c’est que les habitants sont contents de notre équipe ».
Agriculteur et protecteur de l’environnement
Même si la commune ne compte pas plus d’une centaine d’habitants, un PLU (plan local d’urbanisme) est en place depuis quelques années maintenant. « Toutes les haies de la commune ont été recensées. On a classé les haies, en attendant que le PLU se fasse ». Pour cause, des résidus d’atrazine, -un produit phytosanitaire- ont été retrouvés dans le captage d’eau, la rendant non potable. « Il a fallu prendre des mesures pour protéger l’environnement et le captage d’eau, ça n’a pas plu à tout le monde mais aujourd’hui on en voit déjà les effets : les analyses d’eau sont meilleures », lance Jérôme Grisel.
Et vous dans tout ça ?
D’après un sondage proposé sur web-agri, et qui a reçu plus de 434 votes de la part de nos lecteurs, 58 % des répondants disent ne pas être intéressés à l’idée de rejoindre une liste électorale pour les élections municipales de leur village. Face à ce chiffre, 19 % des sondés disent « avoir déjà donné », et 12 % se présentent à nouveau. Plus rares sont ceux qui s’y sont mis pour la première fois (4 %), ou qui ne passent pas le pas même s’ils aimeraient bien (7 %).
Selon une étude récente, le nombre d’agriculteurs élus chute élection après élection, passant de 40 % dans les années 70 à 11 % aujourd’hui. Pour cause, une population agricole qui se raréfie, mais aussi l’évolution de l’agriculture et de la société.