« Aucun signe de fléchissement de la production laitière »


TNC le 05/03/2026 à 08:02
vache-laitiere

(© TNC)

C'est le constat de Benoît Rouyer, économiste au Cniel, qui dressait sa note de conjoncture laitière au Salon de l'agriculture : « La production laitière se redresse assez nettement en France et dans les grands bassins exportateurs. Et bien que le prix des vaches de réforme soit assez élevé, il n'y a pas de signe de fléchissement de la production laitière en Europe. »

La production laitière mondiale reste toujours haussière. « Elle est très dynamique dans les grands bassins exportateurs mondiaux, affirme Benoît Rouyer : + 1,8 % en Nouvelle-Zélande sur les 12 derniers mois, + 2,7 % aux États-Unis et + 1,9 % dans l’Union européenne. » La France suit cette voie puisque la production de l’Hexagone augmente pour la deuxième année consécutive. « Elle s’est nettement redressée depuis l’été dernier pour atteindre + 1,9 % sur 2025 comparé à 2024, et cela alors même que le contexte sanitaire de début 2025 était assez préoccupant et avait fait chuter la production dans plusieurs bassins laitiers. La hausse se poursuit sur 2026 avec + 5,5 % sur le début de l’année. »

Evolution de la collecte laitière en France jusqu’à début février 2026. (© FranceAgriMer)

En France, plus de lait avec moins de vaches…

Les tendances de l’Institut de l’élevage viennent apporter un éclairage supplémentaire : la progression de la collecte française s’est faite par une augmentation des rendements laitiers en fermes. Car en parallèle de cette hausse, le cheptel laitier a poursuivi son repli de 2,5 % par an.

Le rendement laitier augmente dans toutes les régions. (© Idele)

Plus de lait, moins de prix

Face à cet afflux de lait, le prix baisse. Alors que le prix moyen de 2025 s’est élevé à 468 €/1000 l, soit + 27 € comparé à 2024, l’année 2026 a démarré avec une baisse de 10 à 15 €/1000 l sur janvier, puis 20 à 30 € sur février et certaines laiteries appellent maintenant à une baisse de production chez leurs producteurs. L’Institut de l’élevage se veut tout de même rassurant : « La demande française montre des signes de résilience. Si la consommation des ménages français est restée stable en 2025, elle affiche une hausse de + 1,8% en équivalent lait sur le début de l’année 2026. Parallèlement, après une longue période de repli, les exportations françaises de produits laitiers ont retrouvé de la vigueur lors du dernier quadrimestre 2025. »

Les producteurs feront face à des marges plus serrées, dans un contexte de surproduction.

Du côté des produits industriels, les cotations restent déprimées. Le beurre affiche un recul de 3000 €/t depuis l’été dernier pour se situer actuellement autour de 4500 €/t. La poudre de lait a atteint un point bas fin 2025 à 2000 €/t mais elle s’est depuis un peu redressée bien qu’elle reste à un niveau assez faible à 2300 €/t. L’Institut de l’élevage écrit dans sa note de conjoncture mensuelle : « La Rabobank estime que la faiblesse des prix mondiaux des commodités laitières devrait se prolonger sur une grande partie de 2026, sous l’effet d’une offre abondante et d’une demande fragile. Ces prix dépréciés pourraient néanmoins soutenir une reprise progressive de la demande, mais celle-ci restera lente. Les cours du beurre devraient ainsi se redresser lentement, sans toutefois retrouver les niveaux records de 2025. Pour la Rabobank, les producteurs feront face à des marges plus serrées, dans un contexte de surproduction au moins sur le 1er semestre 2026. »

En élevages, « les charges évoluent de façon modérée », détaille Benoît Rouyer en s’appuyant sur l’indice Ipampa, en recul de 2 % en fin d’année 2025 par rapport à 2024. En effet, les charges courantes ont diminué (alimentation, énergie), mais les engrais plombent cette embellie. Concernant les marges, si le produit lait baisse, les coproduits viande ont quant à eux augmenté significativement.