La lourde tâche des jurés du Concours général agricole
AFP le 26/02/2026 à 10:18
Dans une vaste salle à l'écart des stands animés du Salon de l'agriculture, le brouhaha laisse place au silence studieux : assis autour de tables rondes, les jurés se préparent à déguster liqueurs, confitures et miels pour la dernière finale du Concours général agricole.
Pendant plus de deux heures, mardi matin, ils goûtent, sentent et observent, prennent des notes et échangent entre eux pour juger la qualité des produits anonymisés (rhums, épices, vanille, brioches, huîtres, truite…) afin de déterminer lesquels recevront une médaille d’or, d’argent ou de bronze.
Une lourde responsabilité puisqu’une médaille entraîne une hausse de « 24 % du chiffre d’affaires en moyenne », une meilleure fidélisation de la clientèle et des retombées plus importantes pour les petites structures et les primomédaillés, selon une étude d’Opinion Way. Celle-ci montre également que 79 % des Français se disent plus enclins à essayer un produit inconnu s’il est médaillé.
Mathilde Gicquel, cofondatrice avec son mari de la Biscuiterie des Vénètes en Bretagne, a observé « une hausse flagrante des ventes » après avoir remporté deux médailles d’or sur les plus de 5 300 médailles décernées l’an dernier. « C’est une belle reconnaissance et un gage de qualité », souligne-t-elle.
100 % français
Pour d’autres, comme les viticulteurs, la médaille peut faire la différence sur le marché national dans un contexte de crise du secteur. « La médaille d’or est la plus belle des distinctions, ça montre qu’on fait pas tout ça pour rien », affirme Olivier Dabadie, président de Plaimont, un producteur de vins de Gascogne qui a perdu deux récoltes en cinq ans, touché de plein fouet par les aléas climatiques et sanitaires.
Condition pour être inscrit au concours : être 100% français. « On est sûr de la traçabilité de tous les ingrédients », indique Olivier Alleman, commissaire général du concours, qui estime qu’environ 25 % des produits inscrits décrochent une médaille. Par ailleurs, les produits récompensés sont contrôlés tout au long de l’année afin de s’assurer que les médailles ne sont « ni usurpées ni utilisées au-delà de leur validité ».
Dans le hall réservé au concours, les dégustations se poursuivent : les jurés échangent et se mettent d’accord sur la note à attribuer. « On a conscience qu’il faut un consensus », confie Damien, 38 ans, qui participe pour la cinquième fois. « On a tous un avis sur quelque chose, mais il faut se demander pourquoi on aime ce produit », ajoute-t-il.
Cet « amateur éclairé » autoproclamé fait partie des jurés consommateurs, qui constituent la moitié du jury, particularité du concours. « La validité des médailles vient de la diversité des gens qui dégustent », affirme Alain Lemaire, juré depuis cinq ans, même si parfois certaines personnes arrivent en « n’étant pas assez formées ».
Formation et plaisir
Ce retraité de 66 ans, ancien dirigeant d’un château producteur de Graves (Bordeaux), se souvient d’une fois où il était juré pour des vins : « une personne est arrivée parfumée, sans savoir que ça allait compliquer la dégustation ». Les organisateurs du concours ont créé, il y a huit ans, une journée de formation, non obligatoire, pour que les jurés puissent se familiariser avec les critères de leur catégorie.
« Ça m’a aidé à moins appréhender le concours, à comprendre la méthodologie », détaille Pierre, 24 ans, juré pour la première fois et qui a suivi la formation pour la catégorie « fromages ». Jean-Louis Montagas, 85 ans, est le plus vieux juré du concours. Chaque année depuis 1977, il fait le trajet depuis le Vaucluse pour y participer, à ses frais.
« C’est un engagement », indique l’ancien viticulteur qui le fait « pour le plaisir et la satisfaction de déguster du bon vin ». Il se remémore encore les premières éditions « plus folkloriques » où les dégustations se faisaient « sur le grand ring avec des tables installées sur la paille ». Jean-Louis Montagas observe que l’organisation s’est professionnalisée pour ce concours, créé il y a plus de 150 ans, avec des jurés toujours plus nombreux : en 2025, ils étaient plus de 7 400.
L’institution cherche aussi à s’adapter aux nouvelles tendances de consommation pour perdurer. Une catégorie bière sans alcool a par exemple été créée il y a trois ans et, cette année, pour la première fois, un concours est dédié au pain de campagne. Pour être juré, il suffit de s’inscrire en ligne et espérer être retenu.