Gérer l’eau après l’orage : la transition heureuse d’un agriculteur du Tarn


AFP le 25/02/2026 à 10:19
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Dans le bassin de l'Adour-Garonne, l'Agence de l'eau estime que « si rien ne change, un litre d'eau sur deux va manquer en 2050 ». (© philippe paternolli/adobe stock)

L'eau devient rare et aussi irrégulière. C'est un violent orage qui a conduit Bruno Doumayzel, agriculteur dans le Tarn, à changer radicalement ses pratiques pour finalement « vivre mieux », sur des « sols vivants » plus résilients face au changement climatique.

« Avant, j’étais un gros laboureur, je retournais la terre à fond. En septembre 2012, un gros orage a lâché 60 millimètres d’eau en une heure et demi », raconte-t-il à l’AFP, à l’occasion de rencontres sur la question de l’eau organisées par l’institut de recherche Inrae au Salon de l’agriculture.

« Tout a été dévasté : je me suis retrouvé avec des ravines partout dans mes champs. Je me suis dit qu’il fallait tout faire pour ne pas perdre mon sol », dit l’agriculture de 56 ans.

Dès les semis suivants, il change profondément ses pratiques : « zéro labour » et « un sol toujours couvert » – avec des cultures intermédiaires (comme la luzerne) qu’il laisse au sol pour l’enrichir -, une « façon différente » de faire de l’agriculture, en lien constant avec associations et chercheurs.

Bruno Doumayzel s’est installé en 1993 avec son épouse à Monestiés, au nord d’Albi, dans une exploitation de 120 hectares. Ils ont 80 vaches, avec une production labellisée (IGP, Label Rouge), 15 000 poulets de chair en plein air, des céréales (30 hectares de blé et 20 ha d’orge).

« On a aussi 15 hectares de féveroles, 7-8 ha de maïs ou de soja et de la luzerne : on est totalement autonomes pour l’alimentation du bétail », entre production de la ferme et pâture en prairie, explique-t-il.

« Ça grouille de vers »

Dans le bassin de l’Adour-Garonne, où les besoins en eau pour l’irrigation vont augmenter sous l’effet du changement climatique, l’Agence de l’eau estime que « si rien ne change, un litre d’eau sur deux va manquer en 2050 ».

En étudiant les effets de l’agriculture de conservation sur le fonctionnement des sols dans le Tarn, le chercheur agronome à l’Inrae Lionel Alletto estime que « la réserve utile du sol – l’eau disponible dans le sol – a augmenté de 10 à 15 % selon les situations ».

Bruno Doumayzel estime qu’il « économise jusqu’à 20 % d’eau » : le fait de ne jamais laisser les sols nus les protège, les couverts comme la luzerne ou les féveroles peuvent être pâturés et enrichissent le sol et sa biodiversité (champignons, insectes, vers de terre…). L’eau y circule mieux et plus en profondeur.

« Quand je mets un coup de bêche aujourd’hui, je peux aller à la pêche tranquille, ça grouille de vers », se réjouit l’agriculteur, qui n’apporte plus qu’« un peu d’engrais azoté pour le blé » et a considérablement réduit sa facture de fertilisants.

Arrêter le labour, c’est aussi « gagner du temps » pour soi, « dépenser moins pour le carburant » du tracteur. Il cherche à réduire le recours aux phytos, mais, explique-t-il, « comme on ne retourne pas la terre, on utilise encore un peu de glyphosate » pour éliminer les mauvaises herbes.

Mais ajoute-t-il, ses céréales, notamment le blé, développent très peu de maladies : « un équilibre se créé dans le sol et profite » à tout l’écosystème.

Finalement, il vit « mieux qu’avant » : « J’ai bien diminué ma facture pour les engrais et le carburant, je peux dire que j’arrive à bien vivre de mon travail ».

Il mesure le chemin parcouru. « Quand on a des rivières toutes rouges, pleines de boue, ça vient du travail du sol ». Aujourd’hui, quand il pleut fort, l’eau qui sort de ses champs « est claire ».