Des revenus « historiquement hauts » pour les éleveurs allaitant en 2025
TNC le 18/02/2026 à 05:39
Pour les éleveurs de bovins viande, l’année 2025 est sans précédent. La plupart des typologies d’élevage affichent des niveaux de revenus jamais enregistrés, portés par la hausse des prix de la viande.
Après des années de vaches maigres, l’heure est à l’embellie pour l’élevage allaitant. « 2025 restera marquée par un niveau de revenu historiquement haut pour la filière », lance Laurence Echevarria, ingénieure conseil pour l’Institut de l’élevage, à l’occasion de la présentation des résultats d’exploitation des éleveurs issus du réseau Inosys. Constitué de 315 exploitations en bovin viande, ce réseau permet de donner le pouls de l’élevage allaitant en France, avec au global, des résultats supérieurs à ceux observés par le Rica.
« Les planètes étaient alignées en 2025 pour une forte progression des revenus », poursuit l’Institut de l’élevage dans son dossier annuel dédié à la filière bovin viande. Le repli du prix des intrants (aliments, carburant…), associé à la hausse du prix de la viande, fait de 2025 une année particulièrement favorable pour la filière. Si bien que du naissage à l’engraissement, en passant par les systèmes en polyculture, les revenus sont à la hausse.
Et 2025 aurait pu être encore meilleure. Les aléas sanitaires ont entraîné un retrait du nombre de naissances qui accentue l’impact de la décapitalisation bovine. À l’échelle de l’Hexagone, la sous-fertilité et la hausse de la mortalité sont à l’origine d’un recul du nombre de jeunes animaux disponibles de l’ordre de 5,7 %. « Avec une fertilité normale, 163 000 naissances supplémentaires auraient été attendues », précise le rapport.

Un résultat multiplié par deux chez les spécialisés
Concrètement, le résultat courant avant impôt des naisseurs en zone de montagne a plus que doublé entre 2024 et 2025, pour atteindre les 44 900 € de moyenne. Même constat chez les naisseurs spécialisés en plaine, dont le résultat moyen atteint 57 700 €. Dans les deux cas, la raréfaction des broutards a tiré les revenus vers le haut. En un an, le cours du maigre a pris 1,50 €/kg vif en faveur des éleveurs. Les broutards Salers présentent la hausse la plus spectaculaire, avec + 45 % pour les animaux vendus au premier semestre 2025.
Du côté des naisseurs engraisseurs spécialisés, la progression est de même ampleur, avec un résultat moyen à 51 200 €. La catégorie présente cependant de grandes disparités de revenus, en partie expliquées par les périodes de vente en ferme. « Vendre ses JB en avril ou en novembre, ça n’est pas tout à fait la même chose avec la hausse des prix que l’on connaît », remarque Christèle Pineau, du service économie de l’élevage à l’Idele.
L’élevage porte le résultat des fermes en polyculture
Les éleveurs en polyculture profitent également de la hausse du cours de la viande. Chez les naisseurs, c’est le produit viande qui tire le revenu vers le haut, alors que l’augmentation des rendements compense le faible prix des céréales. Concrètement, le produit viande a progressé de 20 % sur ces structures par rapport à 2024, alors que le produit des cultures se cantonne à une hausse de 4 %. Compter alors 34 900 € de résultat moyen pour les naisseurs avec un atelier grande culture.
Du côté des naisseurs engraisseurs avec un atelier culture, le résultat moyen atteint 69 700 €. C’est moins qu’en 2022, lorsque le cours des céréales était porté par les débuts de la guerre en Ukraine, mais le résultat courant reste « multiplié par 2,5 par rapport à 2024 et est deux fois plus élevé que la moyenne 2014-2024 », rappelle l’Institut de l’élevage.
Seul bémol : l’augmentation du prix du maigre pour les éleveurs tributaires de l’achat d’animaux. Parmi l’échantillon, les éleveurs ont acheté leurs broutards 41 % plus cher qu’en 2024, et les ventes de bovins finis n’ont progressé que de 20 %.
Les résultats bio progressent moins que le conventionnel
En élevage biologique, les revenus sont à la hausse. Mais la progression reste timide par rapport au conventionnel. Avec un résultat moyen autour de 35 400 € chez les naisseurs bio, l’année 2025 renoue avec la moyenne observée en 2022 et 2023. « L’effet levier de la hausse du produit viande s’est trouvé limité par la baisse de la productivité animale amorcée dès 2023 », détaillent les experts. En parallèle, la baisse des naissances liée à la FCO ou à la MHE pèse sur les volumes d’animaux disponibles.
La filière a également dû faire face à la suppression des aides au maintien. L’impact de la hausse des prix de la viande sur le revenu est atténué par la diminution des aides.
Le revenu des engraisseurs bio progresse davantage. Le résultat moyen autour de 30 100 € fait de 2025 la meilleure des quatre dernières années. Mais le différentiel de prix entre bio et conventionnel peine à se maintenir. Engraisser en bio reste intéressant, mais les places sont comptées. « Face aux difficultés de la filière veaux et un niveau de prix des broutards très attractif, la moitié des veaux a été commercialisée sur le marché du maigre conventionnel ».
S’adapter à de nouveaux référentiels de prix
Si la hausse du prix de la viande vient soulager des décennies de trésoreries tendues, elle apporte également son lot de questions. Parmi elles figure la transmissibilité du capital, avec une hausse sans précédent de la valeur comptable des animaux, ou encore la question du financement de l’engraissement de jeunes bovins.
Enfin, le recul du nombre de vêlages du fait de la FCO, mais également suite à une récolte de qualité décevante pour les fourrages 2024, éclaire sur les pratiques des éleveurs. Pour la plupart, la mauvaise récolte n’a pas entraîné une complémentation supplémentaire des vaches allaitantes, dégradant ainsi la productivité.