En déclin depuis 80 ans, les maires agriculteurs comptent encore peser
AFP le 06/02/2026 à 10:15
Même si le nombre de maires agriculteurs a été divisé par cinq depuis 80 ans, la profession reste la plus représentée à la tête des communes et, poussée par ses principaux syndicats, tient à maintenir son « ancrage » dans la vie locale lors du scrutin de mars.
Dans les années 1950, sur les 36 000 municipalités du pays, une sur deux avait un paysan à sa tête… contre un peu plus de 4 000 fin 2025, selon les statistiques officielles.
« C’est un signal d’alarme », s’inquiétait le président de la FNSEA, Arnaud Rousseau, dans une tribune diffusée cet automne, avant un troisième hiver de colère agricole tous azimuts, pour presser les agriculteurs de candidater aux prochaines élections.
« Osez vous engager », insistait le leader syndical, qui est aussi maire de Torcy-en-Multien (230 habitants) en Seine-et-Marne, pour « faire société », « créer les conditions d’un dialogue », « être présents là où se décident les projets de vie de nos villages: l’eau, l’énergie, l’alimentation, la mobilité, l’aménagement ».
Cette demande « d’ancrage » est appuyée par l’allié de la FNSEA, les Jeunes Agriculteurs, et partagée par la Coordination rurale (CR), deuxième syndicat de la profession, qui dit avoir relayé ce « mot d’ordre » dans ses antennes départementales.
« Notre paysage va changer »
L’élection d’agriculteurs est « très importante » pour « essayer d’infléchir la politique réglementaire qui nous entrave » et « lutter contre les fausses images véhiculées sur la profession », estime le nouveau président de la CR, Bertrand Venteau, tenant d’une ligne antiécologistes et antinormes.
Pour Bastien Mercier, maire sans étiquette de Camiran (420 habitants) au coeur du vignoble bordelais en crise, la présence d’agriculteurs est « nécessaire » dans son conseil municipal car même « s’ils ne sont plus qu’une poignée », ils aménagent « 70 % des terres privées » et sont les derniers à « maintenir le principal tissu économique de la ruralité ».
« Nous allons soit vers une disparition, soit vers une véritable transition agricole, avec de nouveaux modèles en train de se créer, mais que les gens ne reconnaîtront plus : notre paysage va changer », alerte ce viticulteur, adhérent LR, dont l’exploitation est placée en redressement judiciaire.
Passée de plus d’un tiers de la population active au lendemain de la Seconde Guerre mondiale à moins de 2 % aujourd’hui, l’agriculture est « une profession qui ne représente plus rien quantitativement mais à laquelle les Français se sentent encore reliés », pointe le chercheur du Cevipof Pierre-Henri Bono.
A l’ère du « consumérisme individuel instantané », principale inquiétude relevée par les maires ruraux interrogés pour ses travaux, « l’agriculteur incarne une forme de solidarité » et sa « haute technicité », dans la gestion comptable et la pratique administrative notamment, répond à « la montée en gamme des maires », de « plus en plus diplômés » comme « le reste de la société », relève M. Bono.
« Pouvoir de rien »
Selon ce spécialiste des scrutins locaux, la baisse du nombre de maires paysans est surtout liée « au déclin de la population agricole et non à une crise de vocation ou un manque d’engagement ».
Mais pour Félix Noblia, éleveur bovin au Pays basque, entrepreneur dans la transition agroécologique et ex-maire, cumuler les casquettes « n’est compatible que lorsque toutes les planètes sont alignées ».
« Un grain de sable dans les rouages et ça ne tient plus », prévient l’ancien premier édile de Bergouey-Viellenave (120 habitants), qui a démissionné de son mandat en décembre après le décès brutal d’un oncle qui l’aidait sur la ferme, et des querelles internes au conseil municipal.
« On est le seul élu à portée de coups de gueule des habitants, on recueille les doléances mais on ne peut rien faire : il y a zéro budget et le pouvoir de rien, puisque donné à l’intercommunalité », juge avec amertume ce quadragénaire un temps engagé chez les Verts et désormais « dégoûté de la politique ». La Confédération paysanne, dont il partage « certaines positions », n’a pas appelé ses adhérents à se présenter aux élections. « Nous travaillons plutôt à porter nos propositions auprès des élus et candidats », explique à l’AFP le troisième syndicat agricole du pays.