Trafic de pesticides: des agriculteurs «négligents», un fournisseur récidiviste


AFP le 13/01/2026 à 10:11

Poursuivis pour utilisation de pesticides interdits, six agriculteurs, jugés depuis lundi à Marseille, ont plaidé la « négligence » dans cette affaire où ils comparaissent aux côtés de leur fournisseur, un fantasque septuagénaire récidiviste.

« J’ai stocké mais il n’y a pas eu utilisation », a ainsi assuré un agriculteur de Saint-Étienne-du-Grès (Bouches-du-Rhône), qui comme ses coprévenus reconnaît avoir été « négligent ».

L’homme de 58 ans a relaté la reprise « de la petite exploitation de (ses) parents » et son désir de la faire évoluer. « On a grossi », a-t-il dit, expliquant avoir intégré un grand réseau de distribution. Une preuve de sa bonne foi, selon lui, car « avec ces grandes firmes, on est soumis à des analyses toutes les semaines. Ils n’ont jamais trouvé aucun produit interdit ».

Au total, six arboriculteurs et maraîchers des Bouches-du-Rhône et de la Drôme sont poursuivis notamment pour l’utilisation de produits non autorisés entre 2018 et 2024 ainsi que pour faux et usage de faux. Trois des prévenus étaient absents, dont deux pour raison médicale, selon leurs conseils.

Un produit sans AMM à 22 € ou avec AMM à 55 €

Personnage central de ce dossier, Alain H, 78 ans, a reconnu avoir acheté et revendu des produits interdits, se perdant souvent dans des digressions, ou se lançant dans un plaidoyer pour les pesticides. Sur une note saisie par les enquêteurs, il proposait un produit sans AMM (autorisation de mise sur le marché) à 22 euros ou un produit avec AMM à 55 euros. Pour ses clients, le calcul était rapide.

Lors de son audition, Alain H. a expliqué avec entrain son parcours, ponctuant ses phrases de sonores « Ok » : « école arrêtée à 18 ans », puis vendeur chez Agri Symbiose distingué par un titre « de meilleur vendeur en 1988 ». Puis il « claque la porte » et monte une première société et développe des engrais, « j’ai même déposé un brevet », assure-t-il.

Le retraité a déjà été condamné définitivement dans un dossier similaire par la cour d’appel de Caen le 10 février 2023 à six mois de prison avec sursis et 50 000 euros d’amende. En début d’audience, le président Pascal Gand a rappelé cette première affaire, à l’origine du dossier marseillais : un trafic impliquant des producteurs de carottes et portant sur 132 tonnes de produits interdits où le retraité jouait déjà les intermédiaires.

« Les phytos, j’y connais rien »

Au cours de l’enquête, des documents avaient été alors retrouvés au domicile d’Alain H. démontrant ses liens commerciaux avec les six agriculteurs du sud-est, jugés à Marseille. Confronté à ses contradictions, le fournisseur assure : « les phytos, j’y connais que dalle ». Pourtant dans la kyrielle de produits non autorisés, l’homme reconnaît avoir acheté des produits qu’il savait dangereux, comme le diméthoate et le mancozebe.

« Ces molécules passent dans l’air, l’eau et le biote, nous et les animaux », a déclaré à l’audience Anna Cohen-Boulakia Nabero, chef de projet alimentation et environnement à France Nature Environnement (FNE), partie civile au côté de l’association Générations futures, la Ligue de protection des oiseaux Paca, l’UFC-Que Choisir et la Confédération paysanne. Relevant la grande dangerosité de certains produits évoqués, elle a souligné que « ce sont les salariés de ces entreprises qui sont les premières victimes ».

Également cité par la FNE, un enquêteur de la Brigade nationale d’enquêtes vétérinaires et phytosanitaires, Hervé Cloatre, est venu à la barre pour expliquer la réglementation encadrant le commerce des produits phytosanitaires, estimant qu’« aujourd’hui, la négligence ne peut plus être invoquée ». Le procès doit se tenir jusqu’à mercredi.