Entre neige et tempête, les tanks à lait débordent dans l’Ouest


TNC le 09/01/2026 à 15:35
Tankalaitdeborde

Faute de collecte, des éleveurs du grand ouest ont été contraints de jeter du lait en attendant le redoux. (© William Groizeleau)

Cette semaine, la neige a perturbé la collecte laitière dans le Grand Ouest. En cause : la neige, à laquelle s’ajoutent des arrêtés préfectoraux restreignant la circulation des camions. Si bien que par endroits, les éleveurs ont été contraints de jeter du lait au caniveau.

Chez William Groizeleau en Vendée, le lait a un goût amer cette semaine. Dans la nuit de lundi à mardi, le camion du laitier n’est pas passé à cause de la neige. « J’ai dû jeter 3 100 litres », regrette l’agriculteur, qui a finalement été collecté jeudi soir. « La laiterie passe prendre 6 400 litres tous les trois jours. J’ai un tank de 9 000 l qui permet de faire tampon, mais pas à ce point ».

J’ai dû mettre en route une génératrice pour refroidir du lait que j’ai ensuite jeté.

D’autant que l’éleveur a été obligé de mettre son tank en marche forcé suite aux intempéries. « Nous avons eu une coupure de courant au moment des chutes de neige. J’ai dû mettre en route une génératrice pour refroidir du lait que j’allais jeter par la suite », regrette William.

La question est maintenant de savoir comment sera indemnisé le lait perdu. « Pour l’instant, c’est le flou », poursuit l’éleveur, collecté par Terra Lacta. « La circulation des camions a été suspendue par arrêté préfectoral, mais les produits frais faisaient exception… Pour l’instant nous n’avons pas d’informations… » Le manque à gagner n’est pourtant pas négligeable : « à 538 €/1 000 l, c’est tout de même 1 700 € de perdus ».

Chez William Groizeleau, le tank à lait est plein à ras bord. (© William Groizeleau)

Distribution de lait gratuit à « La Marmite Fromagère » en Vendée

Également collectée par Terra Lacta en Vendée, Amélie Chataigner, prend le problème avec philosophie. « C’est la première fois en 30 ans que je vois cela. Le réseau routier était bloqué, les camions n’ont pas pu venir », résume l’éleveuse, qui transforme une partie du lait sur la ferme via La Marmite Fromagère.

Chez elle, le laitier aurait dû passer en milieu de semaine. Il ne viendra que samedi. « Les laiteries n’ont pas rattrapé leur retard, elles ont repris la tournée normale ».

Difficile pourtant de tenir six jours sans collecte. « J’ai réalisé une transformation de plus pour valoriser un peu plus de lait. Nous sommes allés chercher un tank chez un voisin qui nous a permis de sauver 4 000 l supplémentaires. Nous avons également sorti un second tank de 1 000 l pour faire tampon, mais il restait encore 2 à 3 000 l à stocker ».

Les éleveurs sont donc obligés de jeter du lait. Mais pour limiter la perte, ils font profiter les clients du magasin. « Nous ne pouvons pas le vendre, car nous n’avons pas de numéro d’agrément, mais nous leur proposons d’en prendre gratuitement s’ils viennent avec leurs contenants jusqu’à demain soir ».

Comme William Groizeleau, elle attend de voir ce qui sera prévu par la laiterie pour indemniser ces volumes non collectés. « Nous verrons ce qui sera décidé en conseil d’administration ».

6 000 l de lait jeté chez Teddy Berthelot en Bretagne

Un peu plus au Nord cette fois, en Ille-et-Vilaine, c’est Teddy Berthelot qui a été contraint d’ouvrir le robinet. Collecté par Lactalis pour le compte d’Agrial, il regrette l’arrêté préfectoral interdisant toute circulation de camion sur le département. « Le camion devait passer mardi soir. Dans la journée, la technicienne m’a appelé pour dire qu’il fallait que je jette le lait car je ne pouvais pas le garder plus de 72 h ». 6 000 l sont partis au caniveau. Le laitier est ensuite passé mercredi soir, mais seulement 3 000 l étaient dans le tank.

L’éleveur attend maintenant une indemnisation pour le lait perdu. « On nous a dit que nous aurions quelque chose, mais nous n’avons pas d’écrit ». Et la situation est complexe : « les laiteries rejettent la balle sur les départements. Selon les zones, la circulation des camions était totalement ou partiellement interdite. Les tournées de collecte sont souvent à cheval sur plusieurs départements… »

Teddy Berthelot avait pourtant anticipé la venue du laitier : « on nous avait demandé de gratter la glace. J’avais déneigé une partie de la départementale en face de chez moi, mais ils ne sont pas venus », regrette l’éleveur.