Face aux risques sanitaires, les élevages en plein air veulent plus de souplesse
AFP le 05/11/2025 à 16:45
Les élevages en plein air voient leur modèle remis en cause par l'obligation de claustrer les volailles en pleine saison de grippe aviaire.
Et face à la multiplication des risques sanitaires, ils demandent une adaptation des règles de biosécurité à leurs spécificités, s’appuyant sur une récente expérimentation prometteuse.
Lancée au pic de l’influenza aviaire en 2022, cette expérimentation a été menée par le Réseau de l’agriculture paysanne (Fadear) avec le ministère de l’agriculture, des instituts techniques, les autorités sanitaires et vétérinaires mais aussi des syndicats agricoles (Confédération paysanne et Modef).
Elle a porté sur des éleveurs de volailles mais aussi des éleveurs de cochons, qui craignent l’arrivée de la peste porcine africaine en France par l’intermédiaire des sangliers. Le but était d’évaluer dans le détail les risques concrets de contamination spécifiques à ce mode d’élevage et d’adapter éventuellement la réglementation en introduisant des pratiques alternatives à la claustration par exemple.
A la présentation des résultats mardi près de Paris, des éleveurs s’impatientent dans la salle et se demandent pourquoi l’Etat ne peut pas juste leur « faire confiance » au lieu de leur « imposer » des règles « inapplicables » puisque adaptées selon eux à une « production de masse » et non aux modèles paysans.
Ils affirment que l’efficacité du confinement obligatoire des volailles quand le risque de grippe aviaire est « élevé » n’est pas prouvée et que leurs élevages en plein air ne sont pas plus touchés que ceux en bâtiment, voire le sont moins.
L’une des recommandations en conclusion de l’expérimentation est d’ailleurs « d’objectiver » l’efficacité de la claustration car des chiffres existent mais les études officielles manquent pour les analyser.
En face des éleveurs, des représentantes de la direction générale de l’alimentation (DGAL, ministère de l’agriculture) soulignent les risques de contact entre les volailles élevées en plein air et les oiseaux migrateurs vecteurs du virus. En cas d’épizootie généralisée, les capacités de l’Etat pourraient être « dépassées » et cela ferait peser un risque accru de transmission aux humains. « Il n’y a pas de volonté de stigmatiser les éleveurs en plein air », affirme Sandra Karl, cheffe du bureau de santé animale à la DGAL.
Ecouter le terrain
Des dérogations pour sortir les volailles en période de risque élevé existent depuis deux ans. Mais la secrétaire nationale de la Confédération paysanne Nina Lejeune affirme que les mesures de prévention (biosécurité) imposées aux éleveurs, même hors des crises sanitaires, nécessitent des investissements si lourds qu’elles découragent des jeunes souhaitant s’installer.
« On n’est pas antinormes », ajoute Sylvie Colas, du même syndicat, mais la réglementation « doit prendre en compte le terrain ». L’expérimentation à laquelle ont participé 144 fermes « pilotes » sur le territoire (92 élevages de volailles, 52 de porcs) visait précisément à analyser les facteurs de risques spécifiques à chaque ferme.
Puis à évaluer scientifiquement les pratiques, encadrées ou alternatives, mises en place sur le terrain pour éventuellement adapter la réglementation.
Les éleveurs participants ont rempli des grilles pour analyser leur exposition à l’influenza aviaire ou à la peste porcine africaine : présence d’oiseaux sauvages ou de sanglier à proximité, allées et venues de personnes pouvant transporter des pathogènes, gestion des cadavres d’animaux…
Mais aussi pour mesurer leur maîtrise de ces risques : présence de clôture ou de filets protecteurs, traçabilité des déplacements, protection de la nourriture animale, nettoyage du matériel…
« Premier pas »
Ces grilles ont été complétées par des évaluations de pratiques alternatives comme la surveillance de la faune sauvage présente sur les parcours extérieurs, l’analyse bactériologique des bâtiments ayant accueilli des animaux, le compostage de cadavres pour remplacer leur collecte par des véhicules extérieurs et le suivi accru de l’état de santé des bêtes.
Le premier enseignement de l’expérimentation est qu’il est difficile d’établir un profil type de l’élevage en plein air tant les pratiques sont variées d’une ferme à l’autre. Cette diversité rend plus compliquée l’évaluation scientifique des données issues de l’expérimentation.
« On nous a demandé de prouver l’efficacité de mesures alternatives », résume Clémence Berne, de l’Institut technique de l’agriculture biologique Itab) mais il est « impossible de reconstituer la flore bactériologique d’un élevage dans une boîte de pétri » ou « d’introduire un pathogène » dans une ferme pour étudier sa diffusion.
Pour elle, il est nécessaire de revoir aussi les approches scientifiques sur lesquelles s’appuie la réglementation. « On va difficilement pouvoir faire une réglementation pour chaque élevage.
Donc il va falloir qu’on fasse quelque chose de plus souple », reconnaît Mme Karl, qui assure que le ministère compte bien « donner des suites » à cette expérimentation, « premier pas vers une modification ».