« Gilets jaunes » samedi 17 novembre

Un soutien plus ou moins distant de la part des syndicats agricoles


TNC le 16/11/2018 à 18:25
Carte des blocages prévus par le mouvement citoyen des gilets jaunes samedi 17 novembre 2018. (©TNC)

Carte des blocages prévus par le mouvement citoyen des gilets jaunes samedi 17 novembre 2018. (©TNC)

À la veille du mouvement citoyen des « gilets jaunes » samedi 17 novembre partout en France pour dénoncer la flambée des prix des carburants, les syndicats agricoles apportent un soutien plus ou moins nuancé à la colère populaire.

Alors que, selon un sondage, 60 % des agriculteurs se disaient prêts à participer au mouvement du samedi 17 novembre, les trois principaux syndicats agricoles – le duo FNSEA-JA, la Coordination rurale et la Confédération paysanne – ont explicité des approches différentes à l’égard de l’action populaire des « gilets jaunes » contre le prix des carburants.

Le soutien le plus explicite vient de la Coordination rurale. « Ce 17 novembre, à travers les manifestations sur l’augmentation de la fiscalité de l’essence et du diesel se joueront la défense de la ruralité et la lutte contre l’isolement et la désertification de nos campagnes », explique le syndicat dans un communiqué. « Le carburant est vital pour tous les agriculteurs dans l’exercice de leur profession mais il l’est également, plus largement, pour la vitalité du monde rural. « Il fait partie de notre quotidien quand il s’agit de faire plusieurs dizaines de kilomètres pour aller chercher nos enfants à l’école, faire nos courses, avoir une vie sociale, etc. », complète Bernard Lannes, président du syndicat. « C’est pour défendre la vitalité du monde rural que de nombreuses Coordinations Rurales départementales se mobiliseront parmi les citoyens pour protester contre ces mesures qui tuent peu à peu nos campagnes. »

Le duo FNSEA-JA se dit « solidaire du malaise de la ruralité », mais dénonce la « récupération syndicale ou politique » du mouvement. « Nous ne la cautionnerons pas », indique les deux syndicats. « Le prix du gazole agricole reste maîtrisé par rapport celui payé par les particuliers, les agriculteurs sont sensibles à la mobilisation de leurs concitoyens dans la rue ce samedi. (…) Derrière la colère qui s’exprime sur le carburant, c’est aussi le ras-le-bol des territoires ruraux qui explose à la vue de tous. »

Le syndicalisme majoritaire demande au Gouvernement de « s’attaquer immédiatement à ce décalage entre les discours hors-sols et la réalité de notre quotidien à la campagne », craignant que ce décalage se transforme en « rupture ». Et le duo de rappeler les « attentes fortes des agriculteurs » : « des prix rémunérateurs qui passent impérativement par une juste répartition de la valeur ajoutée, une compétitivité retrouvée et une cohérence dans les politiques menées qui doit faire cesser à la fois l’importation de l’agriculture que nous ne voulons pas et la mise à l’index permanente des agriculteurs et de leurs pratiques ».

Carte des blocages prévus samedi 17 novembre par les « gilets jaunes »

Pour la Confédération paysanne, la grogne des citoyens illustre « la nécessaire révolution post carbone à mener ». « L’exécutif accroît la fiscalité verte, partant du principe que plus les prix seront élevés, moins nous consommerons de carburants. Ce qui pourrait être vrai si, ces 20 dernières années, les gouvernements successifs avaient anticipé et planifié une nécessaire transition énergétique en favorisant le développement d’alternatives accessibles à tous », dénonce le syndicat. « Le transport aérien et surtout le transport maritime, par lesquels arrivent les productions à bas coût, concurrençant de manière déloyale notre agriculture, sont toujours exclus de ces mécanismes fiscaux. Il faut s’attaquer à ces secteurs ! »

Comme la FNSEA et JA, la Confédération paysanne « regrette la récupération de ce mouvement par l’extrême droite, qui ne permet pas une alliance progressiste autour de cette date ». Revenant sur la fiscalité allégée du carburant pour les activités agricoles, la Confédération paysanne demande la même défiscalisation pour les Cuma « afin de valoriser l’investissement collectif », et de plafonner le remboursement de TICPE à 4 000 litres par an et par exploitant.

Réagissant lui aussi au mouvement annoncé du 17 novembre, le ministre de l’agriculture Didier Guillaume a dit « comprendre » la souffrance de la ruralité, exprimée dans la protestation des « gilets jaunes » tout en défendant la « cohérence » de la politique gouvernementale en matière d’environnement.