Au Mexique

Un congrès mondial des vignerons au milieu des raisins de la colère


AFP le 30/10/2022 à 06:35

Au beau milieu d'un petit vignoble mexicain, qui souffre du manque d'eau et craint la concurrence du tourisme, les producteurs d'une cinquantaine de pays se penchent à partir de lundi sur l'avenir de la vigne mondiale.

Sur la planète, quelque 7,3 millions d’hectares sont recouverts par les vignes.

Les intempéries extrêmes, le recours à l’intelligence artificielle et les ruptures dans les chaînes mondiales d’approvisionnement figurent à l’agenda du 43e congrès de l’Organisation internationale de la vigne et du vin (OIV) qui se tient de lundi à vendredi en Basse-Californie (nord-ouest).

Mieux connu pour ses trois alcools blancs issus de la distillation ou la fermentation de l’agave (mezcal, pulque et tequila), le Mexique pointe à la 35e place des producteurs mondiaux de vin avec 35 822 hectares de vignes, d’après l’OIV.

Proche du Pacifique, la vallée de Guadalupe – un peu plus de 5 000 hectares de vignes – produit 75 % des vins du pays, avec trois grandes « bodegas » (Monte Xanic, Santo Tomas et Cetto) et des dizaines de petits viticulteurs.

Les cépages locaux (Cabernet Sauvignon, Merlot, Chardonnay…) mûrissent sous un climat méditerranéen semi-aride.

Cri d’alarme

Début septembre, des vignerons locaux ont lancé un cri d’alarme: « Entre 2014 et 2019, on a perdu 18 % des terres agricoles ». « Si nous continuons sur cette tendance, en 2037, il n’y aura plus de terre cultivable ».

Dans cet environnement fragile, les nouvelles activités de loisirs (« discothèque », « concerts massifs ») menacent l’avenir de la vigne, d’après les signataires de la pétition « Sauvons la vallée ».

Leur argument-choc : la vallée ne veut pas devenir un nouveau Tulum, le site de l’ancien port pré-hispanique maya dans la péninsule du Yucatan (sud-est), qui a cédé à l’argent facile du tourisme de masse.

« Il y a maintenant une quantité de restaurants et de discothèques qui proposent tout sauf du vin d’ici », s’offusque Keiko Nishikawa, porte-parole de la bodega Santo Tomas.

« Nous sommes responsables de cette croissance brutale et désordonnée typique du Mexique », tempère Pau Piojan, un vétérinaire également producteur de vin, installé depuis 20 ans dans la vallée. « Quand j’ai acheté un terrain il y avait 15 à 18 producteurs de vin. Il y en aurait plus de 200 aujourd’hui ».

Intelligence artificielle

La vallée et la ville voisine de Rosarito vont recevoir 2 500 oenologues et experts pour le premier congrès post-pandémie de l’OIV, « la référence scientifique et technique du monde de la vigne et du vin ».

En prélude, les organisateurs ont symboliquement annoncé que l’Ukraine (41 800 hectares de vignes) allait devenir le 49e pays-membre.

Les conséquences de l’invasion russe pèsent sur le marché mondial, après la pandémie qui avait vu un boom des ventes de bouteilles en ligne.

« Les approvisionnements – comme les bouchons des bouteilles – arrivent plus tard et plus cher », souligne le directeur général de l’OIV, l’Espagnol Pau Roca, qui mentionne aussi le prix ou les pénuries d’électricité.

M. Roca envisage néanmoins l’avenir avec un « certain optimisme » : « Nous sortons des crises assez rapidement, bien plus que de la crise économique de 2008 qui a été longue ».

Face aux incertitudes et aux brutalités du climat, l’OIV voudrait miser sur les nouvelles technologies.

Le viticulteurs disposent d’un grand nombre de données « générés par les capteurs dans les vignes », détaille le directeur général de l’OIV. « Nous ne sommes pas capables de les intégrer dans nos prises de décisions. L’intelligence artificielle peut nous aider ».

Exemple concret : en Argentine, l’Université nationale de Cuyo travaille sur un programme « d’amélioration du pronostic des récoltes » à l’aide de l’« apprentissage automatique », une branche de l’IA.

« La machine fonctionne avec des mécanismes répétitifs, des réseaux neuronaux profonds qui détectent combien il y a de grappes de raisin sur chacune des images (capturées par des drones) », a expliqué l’un des chercheurs, Emmanuel Millan, au quotidien Pagina 12.

Cette méthode doit permettre de mieux évaluer la prochaine récolte.

Vins plus sucrés

Lors de la dernière rencontre en 2019 à Genève, les dizaines de communications scientifiques avaient sans surprise tourné autour de l’adaptation au changement climatique.

Une étude en Suisse avait également montré que « les vins avec un léger sucre résiduel semblent particulièrement appréciés des consommateurs », par exemple « le Pinot gris avec 7,2g/L de sucre résiduel ».

Les nouveaux consommateurs sont « habitués à boire de nombreux sodas depuis leur enfance ».

Et le réchauffement climatique « entraîne des maturités plus importantes », si bien que « les vins ont plus d’alcool et tendent à conserver plus de sucre résiduel ». Les modes évoluent aussi avec le réchauffement.