Escroquerie à la viande chevaline

Rabatteurs et fournisseurs entendus au procès à Marseille


AFP le 09/06/2022 à 09:49

Au deuxième jour du procès à Marseille d'une vaste escroquerie européenne à la viande chevaline autour d'un négociant belge, c'est « la filière des fournisseurs de chevaux » qui a été examinée mercredi, avec trois Français à la barre, deux maquignons et un "rabatteur".

Pierre Gillet, 65 ans, vendeur de bestiaux dans les Ardennes, aurait vendu de nombreux animaux au principal mis en cause, Jean-Marc Decker, un important négociant belge de chevaux. Souvent détournées vers les abattoirs à l’insu de leur propriétaires, ces bêtes étaient trouvées grâce à des « rabatteurs », avec l’aide d’un vétérinaire qui falsifiait leurs documents d’identification.

Selon l’accusation, il lui aurait vendu pour plus de 456 000 euros de chevaux entre 2012 et 2015. Le commerçant et éleveur comparaît pour escroquerie et complicité d’escroquerie en bande organisée, ainsi que tromperie et falsification de documents permettant l’identification et le suivi médical des animaux, dans l’irrespect des normes européennes.

« On pensait que c’était la méthode normale puisque personne ne nous indiquait rien », a-t-il affirmé pour sa défense, en réponse à la lecture par la présidente d’écoutes téléphoniques accablantes, dans lesquelles il déplorait notamment qu’il « tombait de Bruxelles (NDLR : l’Union européenne) une décision quelconque et dont personne ne nous avertissait ».

M. Gillet a reconnu avoir falsifié des documents, pour que des chevaux puissent être acceptés en abattoir, tout en assurant en « avoir pris l’initiative », dédouanant ainsi son acheteur, M. Decker. Autorisé à intervenir, celui-ci a assuré qu’il n’avait « jamais demandé » ces manipulations. Jean Daubre, un des « rabatteurs » de M. Gillet, absent à l’audience mercredi mais représenté par son avocate, lui aurait notamment cédé 176 chevaux en 2012, pour 80 000 euros.

18 personnes jugées

Déjà condamné pour abus de confiance, ce vendeur, lui aussi installé dans les Ardennes et aujourd’hui âgé de 81 ans, acquérait des chevaux auprès de particuliers en leur promettant « une retraite paisible ». Les animaux étaient en fait revendus à bas coût pour être abattus. « Ils ne sont même pas capables d’assumer ce qu’ils ont fait pour le pognon », s’est insurgée mercredi matin l’une des victimes de ce prévenu, seule personne physique à avoir demandé à se constituer partie civile.

Bernard Bellon, autre fournisseur de Jean-Marc Decker, a lui aussi reconnu avoir acheté pour le compte de celui-ci des chevaux « non conformes », moyennant remboursement et parfois commission. À chaque livraison, « une paire de chevaux », voire plus selon l’accusation, était ainsi ajoutée, sans être officiellement déclarée, avec de faux documents, a expliqué le vendeur de 66 ans. « Dans ma conscience personnelle et professionnelle, les chevaux n’étaient pas non-consommables », a-t-il justifié.

Sept rabatteurs et vendeurs de chevaux français ainsi qu’un vétérinaire belge devaient être entendus entre mercredi et jeudi, troisième jour d’un procès qui doit durer jusqu’au 24 juin. Au total, 18 personnes sont jugées, dont quatre Belges et deux Néerlandais, notamment pour escroquerie et complicité d’escroquerie en bande organisée ainsi que pour tromperie entraînant un danger pour la santé de l’homme. Ils récupéraient des chevaux à travers toute l’Europe, jusqu’en Allemagne et en Pologne.