Produits laitiers

Pourquoi les prix de la poudre maigre ont-ils dégringolé ?


TNC le 29/11/2022 à 11:25
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Mi-novembre, le prix de la poudre maigre était passé sous son prix de l'an dernier à la même époque (©AdobeStock)

Les prix de la poudre de lait écrémé ont violemment décroché sur la deuxième quinzaine d’octobre. En cause : la prudence des acheteurs internationaux face aux risques que fait peser l’inflation sur la consommation, et une offre plus importante, avec notamment un rebond de la collecte européenne.

Les prix de la poudre de lait écrémé ont enregistré une chute vertigineuse ces derniers temps : la semaine du 7 au 13 novembre, ils avaient baissé de plus de 600 €/t en un mois et atteint 2 920 €/t, selon l’Association de la transformation laitière française (Atla)… en-dessous du niveau de 2021 à la même période. « La baisse a surtout eu lieu sur les deux dernières semaines du mois d’octobre, précise Marion Cassagnou, spécialiste de la conjoncture laitière, dans les dernières Tendances lait/viande de l’Institut de l’élevage.

Cotation de la poudre maigre en France. (©GEB, Institut de l’élevage, d’après Atla)

Pourquoi ce repli « de grande ampleur et très rapide » ? La première raison, c’est un rééquilibrage entre l’offre et la demande, note l’experte. De fait, la collecte était en hausse au mois de septembre dans les principaux pays producteurs de l’UE, donnant « un signal un peu baissier ».

Si la collecte a reflué en septembre dans le sud de l’Europe, de fortes hausses de volumes sont enregistrées dans les pays du nord par rapport à des livraisons « très dégradées l’an passé », si bien que la collecte communautaire a « retrouvé le niveau historiquement élevé de septembre 2020 », en hausse de 0,7 % par rapport à septembre 2021.

En lien avec la reprise de la collecte européenne, les fabrications de poudre maigre ont fortement accéléré dans l’UE à 27 sur les mois d’été : + 2,5 % en cumul de janvier à septembre par rapport à 2021, soit + 27 000 t. « Les transformateurs ont cherché à profiter des prix historiquement élevés ainsi que de la disponibilité en gaz », analyse l’Idele. Et la hausse des fabrications dans certains pays européens a pu « entrainer un afflux et une offre surabondante au regard de la demande ». 

Les exportations de l’UE-27 se sont dégradées

Autre facteur expliquant la baisse des prix de la poudre maigre : « Les exportations européennes de poudre maigre se sont dégradées, ce qui participe aussi à la baisse », ajoute Marion Cassagnou. Sur les neuf premiers mois de 2022, elles étaient en repli de 15 % par rapport à 2021 et ont régressé « sur toutes les destinations sauf vers l’Égypte et l’Arabie saoudite ».

En particulier, la Chine, premier client de poudre maigre de l’UE-27, a réduit ses achats de 41 % par rapport janvier-septembre 2021, soit une baisse de 44 000 t. Et la situation sanitaire dans l’Empire du milieu n’est pas de nature à un retour de la consommation en restauration hors-domicile, indique l’Idele.

Exports européens de poudre maigre vers la Chine. (©GEB, Institut de l’élevage)

Cette baisse des exportations européennes de poudre maigre intervient dans un contexte international marqué par « des prix en baisse depuis fin juin/début juillet en Nouvelle-Zélande, détaille Marion Cassagnou : le pic laitier est en ce moment, ils ont dû absolument lâcher sur le marché mondial ce qui avait été stocké en début d’année… donc faire baisser les prix pour redonner un peu de marge aux acheteurs internationaux ».

Risques sur la consommation

Ces éléments ne justifient « ni l’ampleur, ni la vitesse de la baisse des prix de la poudre de lait ». Celles-ci sont plutôt dues à « un changement de psychologie de marché », explique-t-elle : « on parle aujourd’hui de récession, d’inflation sur les prix. Il y a donc de gros risques sur la consommation, tant en France qu’aux niveaux européen et mondial ». Résultat : les acheteurs sont prudents et se sont retirés des marchés.

Elle ajoute : « on observe aussi des vendeurs qui doivent absolument se débarrasser de la marchandise pour ne pas avoir de stocks, sur des niveaux de prix qui restent quand même élevés, et vendre ces stocks avant décembre ». En résumé : on assiste dans le même temps à une arrivée massive de matière et à une demande morose, ce qui a pesé sur les prix européens de poudre maigre.

« On revoit de la demande apparaître »

Cette baisse de prix est-elle durable ? « Je ne pense pas », juge Marion Cassagnou : « maintenant que les prix ont fortement baissé, on revoit de la demande apparaître ». Les exportations néo-zélandaises et européennes de septembre étaient de fait meilleures qu’en 2021, et « on peut imaginer que la Chine revienne prochainement aux achats ».

« Lors de la dernière enchère du Global Dairy Trade le 15 novembre, les prix ont cessé de baisser et même regagné + 3 % en deux semaines, signal d’une meilleure demande car les volumes proposés en poudre maigre étaient importants », relève l’Idele, qui s’attend à « une stabilité sur un nouveau palier, permettant un meilleur équilibrage avec la demande, tant intérieure qu’internationale ».