Pêche à Jersey

Paris menace de « réduire » les livraisons d’électricité, pas de la « couper »


AFP le 08/10/2021 à 11:49

Paris menace de « réduire » ses livraisons d'électricité à Jersey en raison de la crise post-Brexit liée à la pêche, mais pas de « couper le courant » à ses habitants, a déclaré vendredi le secrétaire d'État français aux affaires européennes.

« Réduire les livraisons (d’électricité à Jersey) c’est possible, couper le courant à chaque habitant de Jersey cet hiver, cela n’arrivera pas », a souligné Clément Beaune sur la chaîne BFMTV. L’accord obtenu par le négociateur de l’UE, Michel Barnier, sur le Brexit prévoit un « accord d’export sur l’énergie », a-t-il relevé. « Donc on peut réguler les flux. Je ne souhaite pas qu’on en arrive là. C’est une des possibilités politiques ».

L’accord post-Brexit, conclu in extremis à la fin de l’année dernière entre Londres et Bruxelles, prévoit que les pêcheurs européens puissent continuer à travailler dans certaines eaux britanniques à condition d’obtenir une licence, accordée s’ils peuvent prouver qu’ils y pêchaient auparavant.

L’île anglo-normande de Jersey a annoncé le 29 septembre l’octroi de 64 licences définitives à des bateaux français (contre 169 demandées par Paris) et le rejet de 75 dossiers. La veille, Londres avait accordé 12 autorisations supplémentaires dans ses eaux, dans la limite des 6 à 12 milles nautiques de ses côtes (contre 87 demandées).

« Nous avons demandé un peu plus de 450 licences au total (…). On tiendra bon sur les 450 », a martelé le secrétaire d’État français. Plus largement, « nous prendrons des mesures ciblées de rétorsion » contre le Royaume-Uni si Londres « continue à ne pas appliquer l’accord » sur le Brexit, a-t-il ajouté, sans préciser s’il parlait de la France seule ou des Européens.

« Le Royaume-Uni cherche le conflit avec les Européens »

« Les Britanniques ont besoin de nous (Européens) pour vendre leurs produits, y compris de la pêche. Ils ont besoin de nous pour leur énergie, pour leurs services financiers, pour leurs centres de recherche », a noté le secrétaire d’État.

« Sur tout cela, nous avons des mesures de rétorsion, des mesures de coopération que nous pouvons moduler, réduire si les Britanniques continuent à ne pas appliquer l’accord », a-t-il dit. « S’ils ne respectent pas leur part, nous ne ferons pas à 100 % de la nôtre. »

Paris a une nouvelle fois reproché au Royaume-Uni de vouloir masquer les difficultés post-Brexit auxquelles il est confronté en cherchant le « conflit » avec les Européens. « Ils ont raté le Brexit, c’est leur choix et leur échec, pas le nôtre », a déclaré Clément Beaune.

« Ca n’est pas en tapant sur nos pêcheurs, en nous menaçant chaque jour, en étant mauvais joueurs et en créant des tracasseries ou des problèmes aux Européens, aux Français, et à nos pêcheurs en particulier, que vous règlerez des pénuries de dinde à Noël », a-t-il lancé.