Pêche post-Brexit

Macron et Girardin au front pour rassurer des pêcheurs à cran


AFP le 21/11/2021 à 20:05

Le président Emmanuel Macron et la ministre de la Mer sont montés au front dimanche pour rassurer les pêcheurs des Hauts-de-France, exaspérés par le différend avec Londres sur les licences post-Brexit.

Le chef de l’Etat s’est entretenu dimanche au téléphone avec le président du Comité Régional des Pêches, Olivier Leprêtre, pendant une quinzaine de minutes, selon ce dernier.

Il lui a rappelé « qu’en aucun cas il ne lâcherait l’histoire des licences attendues et qu’il ne laisserait tomber les pêcheurs français », a rapporté M. Leprêtre à l’AFP.

M. Macron compte sur la présidence française de l’UE, à partir du 1er janvier, pour « mieux faire entendre la voix des pêcheurs français au sein de l’Europe », a poursuivi le représentant de la filière.

« Le fait qu’Emmanuel Macron m’ait appelé directement et personnellement cet après-midi confirme qu’il est très attentif au dossier », s’est félicité M. Leprêtre, qui doit tenir un point presse lundi à 17h30 à Boulogne-sur-Mer.

Le président de la République lui a aussi dit que l’annonce jeudi par la ministre de la Mer, Annick Girardin, d’un plan de sortie de flotte avait été mal interprétée.

Cette dernière avait évoqué une possible enveloppe « de 40 à 60 millions d’euros » pour indemniser les pêcheurs français sans licence de pêche dans les eaux britanniques à cause du Brexit, ce qui avait été vécu comme une capitulation par les professionnels.

« Emmerder l’économie anglaise »

Lors d’une rencontre avec les pêcheurs des Hauts-de-France dimanche au Cap-Gris-Nez (Pas-de-Calais), la ministre les a assuré de sa volonté de « continuer le combat » face à Londres pour obtenir toutes les licences réclamées.

Les pêcheurs « ont aujourd’hui compris quelle était ma position », a-t-elle estimé, jugeant « inadmissible » l’interprétation « que font les Anglais » des demandes françaises.

Mme Girardin a souligné que « 80 % des dossiers » étaient réglés avec « plus de 960 licences » de pêche accordées. « Mais j’ai toujours dit qu’on ne devait laisser personne sur le bord du quai », a-t-elle souligné.

Onze mois après le Brexit, environ 150 bateaux français attendent toujours les autorisations pour poser leurs filets dans les eaux britanniques.

Loin d’être apaisés, les représentants des pêcheurs avaient fait savoir après la rencontre avec la ministre qu’ils restaient déterminés à exprimer leur mécontentement par des actions.

« Ça sera ciblé. Pas pour emmerder notre économie ou n’importe quoi. Ça sera plutôt pour emmerder l’économie anglaise », avait expliqué Bruno Margollé, président de la coopérative maritime Etaploise.

« Je crois qu’ils ont été suffisamment patients. Ça fait quand même onze mois qu’ils attendent », avait affirmé Olivier Leprêtre avant son entretien avec M. Macron.

« Populiste »

Dans ce contexte explosif, le secrétaire d’État français aux Affaires européennes, Clément Beaune a annoncé sur Twitter qu’il se rendrait lundi à Bruxelles pour « poursuivre cette négociation essentielle pour la France et l’UE ».

« Notre objectif n’a pas changé : faire appliquer l’accord, obtenir nos licences, défendre les intérêts de nos pêcheurs », a-t-il écrit après un entretien avec le secrétaire d’État britannique en charge du Brexit, David Frost.

Dans un tweet, M. Frost s’est dit « content de parler à nouveau la semaine prochaine avec Clément Beaune des perspectives de nos discussions en cours sur la pêche avec la Commission européenne », chargée des discussions.

Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a, lui, qualifié dimanche le Premier ministre Boris Johnson de « populiste ».

« C’est un test que fait le Royaume-Uni à l’égard de l’UE et il faut que l’UE exige le respect de l’accord », a-t-il déclaré sur LCI. « Aujourd’hui, les Britanniques sont en train de faire du pointillisme exagéré et exaspérant », a-t-il regretté.

En vertu de l’accord de Brexit signé fin 2020 entre Londres et Bruxelles, les pêcheurs européens peuvent continuer à travailler dans les eaux britanniques à condition de pouvoir prouver qu’ils y pêchaient auparavant.

Mais Français et Britanniques se disputent sur la nature et l’ampleur des justificatifs à fournir.