Forêts

L’UE veut durcir la protection, la filière bois vent debout


AFP le 19/07/2021 à 14:30

Bruxelles veut renforcer la protection des forêts, notamment en forçant les États à rendre des comptes et en indemnisant les propriétaires s'ils ne coupent pas d'arbres, un projet fustigé par la filière bois et par plusieurs des Vingt-Sept.

Après le « plan climat » présenté mercredi, la Commission européenne a déroulé vendredi ses propositions destinées à préserver les forêts, gigantesques « puits de carbone » naturels couvrant 43 % du continent. Alors que l’UE veut réduire de 55 % ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport à 1990, l’état de conservation des forêts est « médiocre », sous pression du réchauffement climatique (scolytes, sécheresses…) comme des activité humaines, s’inquiète Bruxelles. L’exécutif européen a déjà une « feuille de route » pour planter 3 milliards d’arbres supplémentaires via une « dynamique citoyenne » volontaire.

La Commission propose désormais d’imposer aux États des objectifs contraignants de « restauration de la nature » et d’établir une surveillance renforcée avec collecte de données harmonisée au niveau de l’UE. Surtout, elle propose un système d’indemnités aux propriétaires de forêts pour « récompenser leurs efforts » s’ils adoptent des techniques vertueuses (rétention d’eau…) ou laissent intactes certaines surfaces. Des contreparties qui pourraient s’incorporer à la Politique agricole commune (PAC) et encourager l’agro-foresterie (associations d’arbres et cultures).

Virginijus Sinkevicius, commissaire à l’environnement, a promis vendredi « une étroite collaboration avec États et acteurs du secteur forestier » pour définir des « pratiques durables » faisant l’objet de « certifications volontaires ».

« Idéologie »

Le sujet est sensible : dix États membres (France, Finlande, Autriche…) avaient écrit à la Commission pour dénoncer d’avance un projet « ignorant le rôle multifonctionnel des forêts, réduit à des considérations environnementales sans tenir compte des aspects socio-économiques ».

La filière bois représente 20 % des entreprises manufacturières de l’UE, soit 3,6 millions d’emplois. « Si on ne cultive pas les forêts, comment faites-vous de la construction bois? » réagissait récemment le ministre français de l’agriculture, Julien Denormandie. « La gestion des forêts est de la compétence des États membres. Il est bien normal de s’étonner que la Commission rédige un texte sans concertation », se justifiait-il sur Twitter. D’autant que la « stratégie forêts » proposée devra être négociée par États et eurodéputés.

« Cette stratégie est basée sur l’idéologie et l’émotion, déconnectée de la réalité du terrain », abondait vendredi Fanny-Pomme Langue, secrétaire générale de la Confédération européenne des propriétaires de forêts. « Les propriétaires choisissent la gestion adéquate pour leurs terres (…) Ils ont besoin de soutien politique, sociétal et économique », insistait-elle, estimant que Bruxelles propose des financements insuffisants. M. Sinkevicius s’est défendu : « Nous écoutons les acteurs forestiers, nous faisons notre possible pour protéger leurs revenus », a-t-il insisté, appelant cependant aussi à encourager l’écotourisme pour « diversifier » les ressources.

« Déni »

Dans son « plan climat », Bruxelles propose une cible européenne d’absorption via les « puits de carbone » naturels, fixée à 310 millions de tonnes équivalent CO 2 d’ici 2030. Les ONG environnementales, elles, jugent la « stratégie forêts » insuffisante pour enrayer surexploitation et coupes rases. « Il manque les garde-fous concrets pour empêcher l’intensification des coupes (…) les forêts perdent déjà leur capacité de stocker le carbone tant leur santé se détériore », observe Sabien Leemans, de WWF.

Alors qu’actuellement les États ne partagent pas leurs données sur les forêts, l’organisation Fern salue l’idée d’un système d’informations harmonisé mais déplore l’absence d’« indicateurs contraignants ». « En s’opposant au projet initial de la Commission, (les États) sont dans le déni sur l’état tragique des forêts », estime Kelsey Perlman, de Fern.

« Les lobbies de l’industrie forestière sont passés : le texte est trop faible pour empêcher les forêts d’être brûlées pour faire de l’énergie », soupire l’eurodéputée (Verts) Marie Toussaint. L’UE veut inclure la biomasse parmi les « énergies renouvelables », au risque d’encourager la monoculture (plantations d’arbres à but strictement économique). Ce que dénonce l’activiste Greta Thunberg. « Vous pouvez planter des arbres, mais pas des forêts », écosystèmes complexes qui « ne sont pas renouvelables », a-t-elle tweeté.