Prédation

Loup y es-tu ? Querelles de chiffres entre pro et anti-loups


AFP le 21/10/2021 à 18:55
(©Pixabay)

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Combien y a-t-il vraiment de loups en France, « environ 624 » comme estimé ou dix fois plus selon certains éleveurs exaspérés par les attaques sur leurs troupeaux ? La bataille de chiffres fait rage entre pro et anti-loups, et le gouvernement promet de « revoir le comptage ».

Si d’autres animaux protégés au nom de la biodiversité comme l’ours, le lynx ou le vautour sont également mis en cause pour des attaques sur les animaux au pâturage, c’est bien le loup qui déchaîne le plus de passions.

Loin d’être à risque (il figure sur la liste rouge des espèces menacées), le canis lupus serait une espèce « en voie de colonisation » et mettrait en péril la filière du pastoralisme, affirment ses détracteurs.

Plusieurs centaines d’entre eux ont manifesté le 15 octobre dans différentes villes pour réclamer entre autres la « transparence dans le décompte de loups » et un droit à la « légitime défense » en cas d’attaque d’un troupeau.

« Il y en a beaucoup trop : quand on nous en annonce 5-600, on peut mettre un zéro, voire peut-être deux derrière », estime Christian Hubaud, maire d’un village des Hautes-Alpes, venu protester à Gap à l’appel de syndicats agricoles.

« On en a ras-le-bol », abonde Stéphanie Lefèbvre, une éleveuse quadragénaire. Sept de ses 250 moutons « ont été bouffés » ces derniers jours dans son exploitation proche de Gap, « à 200 m des premières habitations ».

« Je pense que l’augmentation du cheptel est minimisée et de ce fait, les conséquences de tout ça sont minimisées aussi », plaide-t-elle.

Pour l’association écologiste Ferus, les statistiques attestent au contraire d’une « dégradation de la dynamique de la population » de loups en raison des abattages autorisés par les pouvoirs publics: 118 bêtes en 2021 (19% de l’effectif moyen estimé).

« On sait qu’il y a aujourd’hui un désaccord entre la perception des éleveurs sur le terrain quant au nombre de loups présents et les chiffres qui sont donnés notamment par le gouvernement », a déclaré jeudi le ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie, lors d’un congrès d’élus de montagne au Grand-Bornand (Haute-Savoie).

« Il y a un juste équilibre à trouver, certes avec le maintien de la présence des prédateurs mais également avec, et surtout, un maintien de la présence de nos éleveurs. (…) Je pense que la bonne clé d’entrée est de revoir le sujet du comptage parce que de là tout découle », a-t-il ajouté.

Trois groupes de travail portant sur le comptage, les chiens de troupeaux et l’amélioration administrative ont été mis en place, selon lui.

Louve pendue

Les esprits semblent particulièrement échauffés dans les Hautes-Alpes.

C’est dans le village de Saint-Bonnet-en-Champsaur qu’a été retrouvé fin septembre le corps sanglant d’une louve, pendu devant la mairie et accompagné d’une banderole proclamant « Réveillez-vous, il est déjà trop tard ».

La ministre de la Transition écologique Barbara Pompili a dénoncé un acte « scandaleux, innommable », et porté plainte, de même que plusieurs associations de protection de la nature. Dans le village lui-même, l’incident a suscité une « certaine gêne », admet une commerçante.

Pour Ferus, il s’agit d’une « première en France » mais aussi de « l’aboutissement normal de l’impunité accordée aux exactions et violences perpétrées depuis tant d’années par les anti-loups et anti-ours ».

C’est également dans les Hautes Alpes qu’un éleveur a été condamné lundi à une amende pour « blessures involontaires » après des morsures de chiens de protection sur quatre promeneurs cet été.

Depuis quelques années, des dizaines de panneaux d’information sur les bons comportements à adopter en zone pastorale ont fleuri le long des sentiers de randonnée. Mais ils ne suffisent pas toujours à éviter les conflits avec les patous, solides molosses blancs élevés au sein des troupeaux.

Le jugement a provoqué l’indignation des anti-loup, qui rappellent que ces chiens « sont obligatoires pour pouvoir prétendre à des indemnisations » et que « leur mission même (est) de ne laisser personne approcher du troupeau ».

« C’est un sujet très compliqué parce que ces chiens sont imposés in fine aux éleveurs », a admis le ministre Denormandie. « On sait aujourd’hui que la gestion de ces chiens peut poser des difficultés assez significatives. Il est important que le gouvernement puisse apporter des réponses et des solutions très concrètes », a-t-il dit.

« C’est l’État qui devrait passer au tribunal, parce que le chien est à l’État », accuse Stéphanie Lefèbvre. « Si une régulation raisonnée (des loups) avait été faite dès le début, je pense qu’on n’en serait pas là aujourd’hui ».