Agroalimentaire

Les prix de l’énergie, nouveau problème de concurrence en Europe


AFP le 16/11/2022 à 17:03

L'absence d'harmonisation des aides face à la flambée des prix de l'énergie au sein de l'UE pose un problème de concurrence et met en danger des entreprises françaises, ont alerté mercredi le Medef et la filière agro-alimentaire.

La cherté du gaz et de l’électricité devient parfois un « problème de survie, parce qu’on n’arrive pas à répercuter ces prix sur le consommateur final », s’est inquiété le président du Medef lors d’une conférence de presse consacrée à ce sujet.

Dans la filière agro-alimentaire, « sans un plafonnement des prix du gaz et de l’électricité, une très grande partie de nos entreprises ne pourront pas assurer le maintien des chaînes agricoles et alimentaires », ont alerté de leur côté dans une lettre 25 des principales interprofessions françaises (Intercéréales, Inaporc, Semae, etc.).

Ces filières, qui réunissent agriculteurs, industriels et parfois les distributeurs d’un bout à l’autre de la chaîne alimentaire, s’alarment depuis plusieurs semaines des coûts « exorbitants » de l’énergie.

La transformation de la betterave en sucre ou le stockage de certains fruits et légumes, par exemple, sont particulièrement énergivores. De plus, un certain nombre d’entreprises arrivent au bout de leurs contrats d’électricité, et doivent souscrire à de nouvelles offres avec des prix qui sont montés en flèche.

La filière dénonce l’insuffisance des aides d’Etat, qui prévoit la prise en charge d’une partie des factures énergétiques 2023 des TPE/PME, et fustige « l’échec » des négociations européennes pour s’entendre sur un bouclier tarifaire, qui aurait permis d’éviter les distorsions de concurrence.

« Beaucoup de nos entreprises achètent (l’électricité) à des prix supérieurs à 500 égawattheure sur le marché français », quand l’Allemagne, par exemple, a acté un plafonnement à 130 euros le mégawattheure, pointent-elles.

Selon ces interprofessions, parmi lesquelles celle de la volaille ou encore de la pomme de terre, cet écart met en péril la « compétitivité des produits français ». « Nos entreprises ne pourraient survivre à des prix de l’énergie significativement supérieurs (au-delà de 180 euros le mégawattheure) à ceux de nos homologues européens », soulignent-elles.

Verre importé d’Asie

Face à une telle situation, le Medef se tourne vers la Commission européenne « dont on attend très rapidement qu’elle refasse ce qu’on appelle le market design – la fixation du prix de l’électricité – qui aujourd’hui est un système qui ne fonctionne plus », a souligné le président du Medef.

Plusieurs solutions ont été proposées, dont celle dissociant le prix du gaz de celui de l’électricité adopté par l’Espagne et le Portugal, ou encore une solution dite « grecque » qui instaure des mécanismes distincts pour les électricités d’origine renouvelable et fossile.

« Il faut une décision rapide : le pire ennemi aujourd’hui des entreprises, c’est l’incertitude sur leur facture d’énergie », a déclaré pour sa part le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau lors d’un forum d’affaires franco-allemand.

Geoffroy Roux de Bézieux espère la mise en place d’un nouveau système d’ici quatre à cinq mois et discute avec les autres représentants patronaux européens, et notamment allemands, pour arriver à des propositions communes.

Actuellement, les systèmes d’aides « ne sont pas cohérents : les grandes entreprises et les ETI notamment industrielles qui sont très consommatrices d’énergie sont mieux aidées en Allemagne », a-t-il critiqué.

« À court terme si on passe par des systèmes d’aides, ce qui probablement nécessaire, il faut qu’elles soient cohérentes et compatibles entre tous les pays d’Europe », a insisté le président du Medef.

Au delà de la distorsion de concurrence entre pays européens, les prix de l’énergie « sont en train de créer un énorme problème de compétitivité pour nos entreprises, d’abord et avant tout vis-à-vis de la Chine, de l’Asie et des Etats-Unis », estime encore Geoffroy Roux de Bézieux, pointant un « rapport de un à dix entre le prix de l’énergie aux Etats-unis et en France ».

En Normandie, Fabrice Tourres, le président d’Univerre, un fabricant de bouteilles en verre, qui est également président du Medef Seine Estuaire, « voit arriver les premières livraisons venant d’Asie », selon ses propos rapporté par M. Roux de Bézieux. Jusqu’ici, le verre, dont l’énergie représente 30 % du coût de revient, était produit localement parce que lourd et donc cher à transporter.