Jaunisse de la betterave

Les betteraviers attendent la loi et les indemnisations pour se projeter


TNC le 01/12/2020 à 16:40

En dépit de perspectives encourageantes en début d’année, la filière betteravière a vécu en 2020 une crise sans précédent, avec l’impact du Covid-19 sur les marchés et surtout, les conséquences de la jaunisse liée à l’interdiction des néonicotinoïdes. La CGB compte désormais sur la promulgation rapide de la loi permettant l’usage dérogatoire de ces insecticides, et sur les indemnisations promises, pour se tourner plus sereinement vers 2021 et profiter des perspectives de marché favorables.

Après une année 2020 catastrophique, les producteurs de betteraves veulent se projeter pour 2021 (©TNC)

Alors que les perspectives s’annonçaient plutôt positives, début 2020, pour la filière betteravière, « l’année a été beaucoup plus catastrophique que tout ce qu’on craignait », déplore Franck Sander. À l’occasion d’une conférence de presse à distance, le 1er décembre, le président de la CGB est revenu sur les importantes déconvenues subies par les betteraviers en 2020, mais aussi sur les espoirs pour 2021 en raison de la mise en place prochaine de la loi ré-autorisant l’usage des néonicotinoïdes.

600 à 700 M€ de pertes pour la filière française

La campagne passée a en effet été marquée par une baisse de la production et des rendements sans précédent depuis les années 1986-1988 : avec des surfaces déjà en baisse à 421 000 ha contre 445 000 l’année précédente, les conditions climatiques (sécheresse) et surtout la virulence de la jaunisse liée à l’interdiction des néonicotinoïdes, la campagne n’a duré que 95 jours contre 118 l’année passée.  

Et pour cause : avec une moyenne maximum de 65 t/ha, les rendements accusent une baisse de 30 % par rapport à la moyenne quinquennale. La production passe sous les 27,4 millions de tonnes de betteraves contre 37,8 Mt en 2019/20. Pour les producteurs, qui accusent 280 M€ de pertes à cause de ces faibles rendements, c’est « une catastrophe financière », estime Pierre Rayé, directeur de la CGB. Au niveau de la filière, cela représente 1,5 million de tonnes de sucre de betterave en moins, et 1,5 million d’hl d’alcool et d’éthanol soit « une perte de valeur ajoutée de 600 à 700 M€ pour la filière », ajoute le directeur de la CGB.

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Pour les exploitants agricoles, la perte de revenu moyenne s’élève à 700 €/ha, mais peut atteindre 1 500 €/ha compte tenu des surcoûts liés aux traitements plus nombreux, et aux prix moins élevés qu’ils auraient pu l’être.

Un besoin urgent d’indemnisation

Face à cette situation exceptionnelle, le gouvernement a réagi et le texte de loi permettant un usage dérogatoire des néonicotinoïdes pour les betteraves (qui fait actuellement l’objet d’un recours devant le conseil constitutionnel) devrait être promulgué d’ici mi-décembre. « On attend l’arrêté de dérogation au plus vite, pour savoir si l’on pourra utiliser les néonicotinoïdes l’an prochain pour protéger les betteraves, et à quelles conditions d’usage », explique Franck Sander, qui précise que de son côté, la filière s’est engagée à réduire le dosage de 25 % sur l’utilisation des néonicotinoïdes.

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Cependant, pour se projeter sur la prochaine campagne, les aides promises l’été dernier par le ministre deviennent urgentes, au moment où les agriculteurs s’apprêtent à acheter leurs semences. Or, un problème technique demeure : le cadre des aides de minimis, sur lequel devrait reposer le dispositif d’indemnisation, est plafonné à 20 000 € par exploitant tous les trois ans. Or, pour certaines régions très touchées, comme en Ile-de-France, ce plafonnement concernerait 42 % des planteurs et 68 % des surfaces, explique la CGB.

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Une année 2021 porteuse d’espoirs

Les facteurs positifs du début d’année sont toujours là pour 2021, car « le secteur du sucre est rentré dans un cycle déficitaire et de reprise des cours qui va tenir les fondamentaux » estime Pierre Rayé. Dès cette année, les prix de la betterave sont attendus en rebond.

Néanmoins, « la problématique sanitaire doit être mieux prise en compte par nos politiques agricoles, sinon notre souveraineté alimentaire sera amputée », prévient le directeur de la CGB. Cette année, sur le déficit de 2 Mt de sucre en Europe, 1,5 Mt est à mettre en lien avec la jaunisse en France. Le Brexit est également un facteur d’incertitude, puisque l’Angleterre est le premier client de la France (300 000 à 400 000 tonnes de sucre, 2 millions d’hl d’éthanol).

« On peut cependant attendre une hausse des prix au-delà des 24 euros, et viser de dépasser le coût de production betteravier autour de 25,5 €/t », espère de son côté Franck Sander. Au vu des indicateurs, plutôt au vert, pour 2021, la CGB appelle en tout cas au maintien des surfaces.

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