Consommation

Le Covid-19 a mis au défi la progression du vrac


AFP le 08/09/2020 à 09:27

Jusque là en plein essor, les ventes en vrac avaient chuté pendant le confinement et certains y ont vu une méfiance vis-à-vis de produits moins emballés. Mais la croissance est revenue depuis, assure le secteur, qui tient salon lundi et mardi à Pantin (Seine-Saint-Denis).

Un trou d’air aussi spectaculaire que ses chiffres de croissance habituels : pendant le confinement, la proportion de Français déclarant acheter en vrac est tombée de 40 à 22 %, selon l’institut de référence Nielsen. À un moment de grande inquiétude sanitaire, certains y ont vu une méfiance des consommateurs vis-à-vis de ces produits « non pré-emballés vendus en libre-service et dont on peut choisir la quantité ». Mais selon Catherine Urvoy, de Nielsen, la principale raison était le manque de disponibilité des produits. Selon une étude réalisée mi-mai avec Réseau Vrac auprès de 4 400 foyers, ceux qui ont arrêté d’acheter en vrac en ont été empêchés à 42 % parce que les magasins ou rayons en proposant étaient inaccessibles, contre 21 % parce que cela ne leur inspirait pas confiance dans le contexte Covid-19 et à 13 % parce que ce n’est « pas hygiénique ».

« Je n’ai pas du tout senti de crainte de la part des clients », assure également Didier Onraita, le co-fondateur du groupe d’épiceries en vrac Day by Day. « Il y a eu cette restriction du kilomètre, les grandes urbanités qui se sont dépeuplées, et puis il y a la taille des épiceries, où on a appliqué une distanciation importante en limitant le nombre de clients pouvant entrer en même temps ». Et malgré ces écueils, « nous n’avons pas fait de scores moins importants que l’année précédente », précise Didier Onraita, le panier moyen ayant été beaucoup plus élevé pendant la période. « La progression forte que nous enregistrions a été réduite, mais nous sommes restés en croissance ».

Pour preuve, l’enseigne qui a réalisé « une trentaine de millions d’euros » de chiffre d’affaires sous enseigne l’an passé attend l’ouverture d’une grosse demi-douzaine d’épiceries sous franchise d’ici fin 2020. Elle en compte aujourd’hui 64.

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« La tendance ne va pas s’arrêter »

« Pour 84 % de nos adhérents, le chiffre d’affaires au 16 juin était déjà plus élevé qu’un an plus tôt », abonde Célia Rennesson, directrice générale de Réseau Vrac, qui fédère 1 300 acteurs de la filière dans 14 pays francophones. En France, le marché des produits sans emballage a dépassé le milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2019 selon la même source, en croissance spectaculaire de 41 %. Depuis le confinement, « nous n’avons pas tout de suite rattrapé les niveaux d’avant-crise », précise Célia Rennesson, « mais on est tout à fait confiant sur le fait que la tendance ne va pas s’arrêter, au contraire ».

La filière a fixé pour objectif de réaliser 3,2 milliards d’euros de ventes en 2022, encouragée aussi par la Convention citoyenne pour le climat qui a fait de la lutte contre le suremballage une des pistes pour réduire déchets et émissions de gaz à effet de serre.

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Qu’en pensent les professionnels de l’emballage ?

« Un certain nombre d’emballages n’arrivent pas à démontrer leur valeur ajoutée, et si le consommateur n’arrive pas à concevoir cette dernière, ça veut dire qu’ils ne sont pas essentiels », répond Emmanuel Guichard, délégué général de la fédération Elipso, qui regroupe les industriels français de l’emballage plastique. Mais il voit aussi dans l’essor du vrac « des opportunités », autour notamment des emballages réutilisables. Quant à la grande distribution, elle a bien identifié que « l’essor du vrac correspond à une attente des consommateurs », explique la Fédération du Commerce et de la Distribution (FCD), qui regroupe la plupart des enseignes de la grande distribution. Ces dernières « représentent 50 % du marché du vrac et 70 % des hypermarchés et des supermarchés possèdent déjà un espace dédié au vrac ».

Mais la FCD replace le vrac dans un contexte de distribution plus global, où il reste à ses yeux « une offre complémentaire dans un rayon, qui ne peut pas se substituer à toutes les autres ». En 2019, seuls 10 % des foyers français déclaraient acheter en vrac au moins une fois par mois, et 20 % plus de quatre fois par an, selon Nielsen.