Julien Denormandie en Bretagne

La Conf’ Interpelle le ministre sur les oubliés de la Pac


TNC le 05/03/2021 à 11:35

En l’absence de salon de l’agriculture cette année, la Confédération paysanne a ouvert ses fermes au grand public et aux politiques sur tout le territoire. Si le grand public et les élus de terrain se sont montrés réceptifs aux échanges menés par le syndicat à partir de situations concrètes sur les exploitations, les membres du gouvernement n’ont pas donné suite aux invitations, à l’exception du ministre de l’agriculture, qui se rend aujourd’hui à Maure de Bretagne (Ille-et-Vilaine), pour échanger sur le thème de la Pac.

L’annulation du salon de l’agriculture, crise sanitaire oblige, n’empêche pas la Confédération paysanne de porter ses idées auprès des décideurs et du grand public. Depuis le 27 février, le syndicat organise ainsi un « salon à la ferme » qui permet de montrer concrètement, sur des exploitations, « l’agriculture paysanne, comment on en vit au quotidien, ce qu’on développe et les solutions effectives », explique Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne.

Différents thèmes ont été identifiés pour sensibiliser les élus à travers des visites spécifiques : installation, foncier, relocalisation, OGM, diversification, semences… Ce 5 mars après-midi, c’est sur le thème des « oublié-e-s de la Pac » que le ministre de l’agriculture Julien Denormandie vient échanger, à Maure de Bretagne, en Ille-et-Vilaine (35).

Des petites fermes non soutenues par la Pac

Pour la Conf’, l’enjeu de la visite est de mettre en avant toutes les petites fermes « peu ou pas soutenues par la Pac », car souvent sur de petites surfaces, explique Nicolas Girod. « On veut montrer au ministre l’utilité de ces fermes » : une utilité sociale et économique, puisque ces fermes créent davantage d’emploi, dégagent plus de valeur ajoutée à l’hectare, et constituent souvent des acteurs de la relocalisation de l’alimentation avec de la transformation et des circuits courts, indique le porte-parole de la Confédération paysanne. « C’est tout ce qui a été mis en valeur pendant la crise sanitaire », ajoute-t-il.

Dans la Pac précédente, l’aide forfaitaire aux petits agriculteurs (plafonnée à 1 250 € par ferme) n’a pas été activée par la France. La Confédération paysanne entend donc convaincre Julien Denormandie de peser au niveau européen pour maintenir cette aide dans la future Pac, et propose d’en augmenter le montant à 5 000 € pour le premier actif, et 2 500 € pour les autres actifs de l’exploitation. Il faudrait ensuite activer ce soutien au niveau de la France, dans le cadre du plan stratégique national. « Ce serait faire un signe à toutes les fermes qui produisent de la valeur ajoutée et de l’emploi », ainsi qu’un « premier pied dans la porte pour une reconnaissance des actifs dans la Pac, une valorisation de l’actif paysan et non de l’hectare », insiste Nicolas Girod.

Un bilan « extrêmement positif »

Pour la Confédération paysanne, le Salon à la ferme (qui se termine le 7 mars) s’est avéré « extrêmement positif » : « on a eu beaucoup de monde sur les fermes, de nombreux élus des territoires, des députés européens, les échanges ont été très riches… Je pense qu’on a vraiment réussi à contextualiser nos revendications en partant du concret des fermes, ce qui n’est pas possible au salon (ndlr : de l’agriculture) qui a un côté plus virtuel », se félicite Nicolas Girod. « Les échanges sont tout autres que ceux sur le salon, où l’on assiste surtout à un défilé de politiques », ajoute-t-il.

Seule ombre au tableau, à l’exception du ministre de l’agriculture, les membres du gouvernement, qui ont tous été invités sur des visites en lien avec les thématiques de leur ministère, ne se sont pas déplacés, et n’ont pas souvent envoyé de représentants. « C’est frustrant, car on était vraiment dans une logique de discussion, pour échanger sur ces thématiques avec les décideurs du gouvernement », regrette le porte-parole de la Conf’.

Ce qui n’empêchera pas le syndicat de continuer son travail de terrain : « on va continuer à travailler avec ceux avec qui on a l’habitude de travailler, arracher des avancées pour paysannes et paysans ». Quant aux membres du gouvernement et au chef de l’État, « on ira les chercher le moment venu, la Pac va se décider aussi à l’Élysée, on retournera mettre la pression », prévient Nicolas Girod.