La Coordination rurale à Paris

Face au malaise agricole, un manifeste contre les fermes qui ferment


TNC le 04/03/2021 à 18:04
La Coordination rurale a symboliquement mis

La Coordination rurale a symboliquement mis "un genou à terre" pour alerter sur le malaise agricole, à Paris, le 4 mars. (©TNC)

En cette semaine très agricole en dépit de l’annulation du salon de l’agriculture, la Coordination rurale a choisi de manifester à Paris, à proximité des lieux de pouvoir, pour mettre en avant « les fermes qui ferment » et demander des mesures pour permettre aux agriculteurs de vivre de leur métier et de produire durablement une alimentation française de qualité. Rassemblées dans un manifeste, ces propositions ont été remises au ministère de l’agriculture, à Matignon, à l’Assemblée nationale et au Sénat.

Sur l’esplanade des Invalides, à quelques centaines de mètres de l’Assemblée nationale, une centaine d’agriculteurs de la Coordination rurale sont venus à Paris le 4 mars pour dénoncer le malaise agricole et interpeler les politiques sur les difficultés du secteur. Alors que le Salon de l’agriculture, qui aurait dû se tenir cette semaine, met habituellement en avant une « agriculture qui va bien », le syndicat souhaite alerte sur « une agriculture qui souffre », explique Bernard Lannes, son président.

Devant les Invalides pour toile de fond, accompagnés par quelques klaxons, ils ont symboliquement mis un genou à terre pour illustrer la situation actuelle de l’agriculture française.

1 500 dépôts de bilan par an, 2 suicides par jour

« Jusqu’à maintenant, quand un agriculteur ne réussissait pas, on disait qu’il n’avait pas su s’adapter, et un voisin récupérait son exploitation et s’agrandissait », pour le président de la Coordination rurale. Mais aujourd’hui, les « fermes qui ferment » ne trouvent plus preneur, notamment dans les filières d’élevage où les prix ne couvrent pas les coûts de production depuis plusieurs années. On compte ainsi 1 500 dépôts de bilan par an, et deux suicides d’agriculteurs par jour. Sur la place de la manifestation, des mannequins gonflables ont ainsi été pendus aux arbres environnants pour rappeler cette dure réalité.

Parallèlement, « on est face à un défi, 50 % des agriculteurs ont plus de 54 ans », et vont donc partir à la retraite dans les dix années à venir, rappelle Bernard Lannes. Derrière lui, un manifeste imprimé en 4 mètres sur 3 tire la sonnette d’alarme sur les conséquences de la disparition des agriculteurs, que ce soit sur l’alimentation ou sur l’occupation du territoire.

Retrouvez ici le manifeste de la Coordination rurale

« On ne pourra pas faire l’alimentation sans agriculteurs »

Car si la souveraineté alimentaire est sur toutes les lèvres depuis les premières semaines de la crise sanitaire, concrètement, les agriculteurs doivent composer avec des injonctions politiques contradictoires. « On parle de souveraineté et on nous laisse le libre marché », dénonce le président de la Coordination rurale.

De même, « on a des millions d’hectares qui ne pourront produire que de l’herbe, et en parallèle, on nous dit qu’il ne faut plus manger de viande », explique-t-il, alors que l’élevage herbager est l’une des seules solutions pour maintenir une occupation sur ces territoires et éviter la friche, tout en permettant de produire une viande de qualité. « Nous avons demandé à Barbara Pompili des aides en contrat direct à ces éleveurs-là pour leur permettre d’exister face à la concurrence. Et ensuite, on peut envoyer la viande sur les cantines. C’est un cercle vertueux ! », insiste Bernard Lannes.

Le syndicat, qui a remis son manifeste aux parlementaires et l’a déployé devant le ministère de l’agriculture, incite les politiques à se saisir des leviers de la Pac et de la réforme foncière pour éviter la disparition irréversible des agriculteurs dans les dix ans à venir. « Il faut garder tous les agriculteurs, toutes les agricultures, c’est stratégique quand on nous parle de souveraineté. On ne pourra pas faire de l’alimentation sans agriculteurs », insiste Bernard Lannes.