Réforme de la Pac

Face à l’État, les régions prêtes à mettre leur « gilet jaune »


TNC le 14/12/2018 à 09:20
Hervé Morin, président de la région Normandie et des Régions de France, et Alain Rousset, président de la région Nouvelle-Aquitaine, ont mis la pression sur l'Exécutif pour obtenir la gestion complète du second pilier de la Pac. (©@RégionsdeFrance)

Hervé Morin, président de la région Normandie et des Régions de France, et Alain Rousset, président de la région Nouvelle-Aquitaine, ont mis la pression sur l'Exécutif pour obtenir la gestion complète du second pilier de la Pac. (©@RégionsdeFrance)

À l’occasion d’un séminaire européen sur la politique agricole commune jeudi 13 décembre à Bordeaux, les régions de France ont revendiqué une plus grande décentralisation de la gestion de la Pac, demandant la gestion de « 100 % des fonds du second pilier » dans le cadre de la réforme actuellement en discussion.

Dans un «  livre blanc » présenté à l’occasion d’un séminaire européen sur la réforme de la Pac jeudi 13 décembre à Bordeaux, les régions de France exigent une décentralisation plus approfondie du Feader , le Fonds européen agricole pour le développement rural. Autrement dit, les régions demandent à être l’autorité de gestion pour la totalité des aides du second pilier de la prochaine Pac. Elle souhaitent pouvoir elles-mêmes verser ces aides, alors que leur versement est actuellement du ressort de l’État.

« Le président de la République m’a dit qu’il fallait que ce soit décentralisé, il a été très clair. J’ai confiance en sa parole », a expliqué Hervé Morin, président des Régions de France. Si ce n’était pas le cas, « ce serait pour nous une ligne rouge », a-t-il ajouté. Aller « vers une recentralisation des crédits serait vécu (par les régions) comme un casus belli » (locution latine désignant un acte de nature à déclencher les hostilités entre deux parties, ndlr).

Hervé Morin , qui préside la région Normandie, et son homologue de la région Nouvelle-Aquitaine Alain Rousset , ont menacé l’État de mettre leur « gilet jaune » si leur demande n’était pas prise en compte. Ils ont d’ailleurs lancé quelques piques au ministre de l’agriculture, évoquant des «  fake news émises au niveau de l’administration centrale » et des « leçons de la part de la technocratie parisienne ».

Didier Guillaume, le ministre de l’agriculture , a botté en touche concernant leur demande. « Je regrette de ne pas avoir été prévenu qu’il fallait que je mette un casque et une cuirasse », a-t-il répondu sur un ton humoristique. « L’arbitrage (sur le futur rôle des régions) se fera au plus haut niveau de l’État » en début d’année prochaine, a-t-il assuré.

Parmi les raisons qui font que « le ministère de l’agriculture pense aujourd’hui qu’on ne peut pas donner tout le second pilier aux régions », Didier Guillaume explique qu’il n’est « pas aberrant » que l’État garde la responsabilité de la « politique globale sur le bio » puisqu’il le finance à « 99 % ».

La baisse du budget reste la première préoccupation

Le ministre de l’agriculture en a profité pour rappeler une nouvelle fois la position française de refus d’une baisse budgétaire, qui serait, selon lui « un message néfaste à la ruralité ».

« La baisse de 5 % du budget Pac va nous obliger à augmenter l’efficacité de la Pac et à développer les synergies avec les autres politiques », telles que la concurrence, la recherche ou la bioéconomie, a expliqué pour sa part Jerzy Bogdan Plewa, le directeur général de la DG Agri de la Commission européenne.

Les 10 tweets qui résument le séminaire sur la Pac et le rôle des régions :