PHYTOSANITAIRES

Pollution au chlordécone aux Antilles : des réponses attendues mardi


AFP le 24/11/2019 à 08:05

Qui est responsable? Comment réparer? Après six mois d'auditions, la commission d'enquête parlementaire sur l'utilisation aux Antilles du chlordécone, pesticide dangereux qui a pollué les sols à long terme, rend mardi ses conclusions sur ce qu'Emmanuel Macron qualifie de « scandale environnemental ».

La commission s’est notamment penchée sur les responsabilités de cette pollution, encore peu connue en métropole mais qui a infiltré les sols antillais pour des centaines d’années et qui est suspectée d’être à l’origine de cancers de la prostate, très nombreux aux Antilles.

Selon Santé Publique France, 95 % des Guadeloupéens et 92 % des Martiniquais sont aujourd’hui contaminés par le produit, perturbateur endocrinien qui a aussi des incidences sur le développement des enfants exposés pendant la grossesse, avec une hausse des risques de prématurité notamment.

Pour la députée de Guadeloupe Justine Benin, rapporteure de la commission d’enquête, qui s’exprimera lors d’une conférence de presse mardi, « l’Etat est le premier responsable », mais « ces responsabilités sont partagées avec les acteurs économiques » de l’époque, a-t-elle expliqué à l’AFP.

L’usage du chlordécone aux Antilles est le « fruit d’un aveuglement collectif », dans lequel l’Etat « a sa part de responsabilité », avait déjà reconnu Emmanuel Macron lors d’un déplacement en 2018 aux Antilles.

Le chlordécone, répandu dans les bananeraies pour lutter contre un insecte ravageur, a été interdit aux Etats-Unis dès 1975, mais autorisé en France de 1972 à 1990, et même jusqu’en 1993 aux Antilles, où il a bénéficié d’une dérogation, sous la pression de planteurs, d’industriels et de certains politiques, ont découvert les membres de la commission d’enquête, présidée par le député de Martinique Serge Letchimy, au fil des auditions.

Conséquences économiques

À Paris, en Martinique et en Guadeloupe, des responsables d’administrations et des services de l’Etat ont été entendus, ainsi que des agences sanitaires, des experts scientifiques, les producteurs de bananes, les industriels qui ont mis le pesticide sur le marché, d’anciens élus locaux, ainsi que des associations de citoyens.

Plusieurs ministres (Outre-mer, Santé, Agriculture, Recherche ), ont également été convoqués. « La responsabilité de l’Etat est aujourd’hui reconnue et engagée », a symboliquement déclaré la ministre des Outre-mer Annick Girardin. Une pollution qui « date d’une époque où la Santé publique pesait moins dans les décisions qu’aujourd’hui », a avancé la ministre de la Santé Agnès Buzyn.

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La commission a aussi étudié les conséquences économiques, sociales et environnementales de cette pollution, car le chlordécone se retrouve aussi dans l’eau, certains légumes, viandes et poissons, entraînant des interdictions de cultiver certains produits et des interdictions de pêche.

Justine Benin va proposer une série de mesures de réparations des préjudices économiques, notamment pour les filières de l’agriculture et de la pêche.

En matière de réparation aux malades, la création d’un fonds d’indemnisation des victimes des produits phytopharmaceutiques, inscrite dans le projet de loi de finances de la Sécurité sociale pour 2020 récemment adopté en première lecture par l’Assemblée nationale, apporte une première réponse, mais « limitée » et « incomplète », ont déploré à plusieurs reprises les membres de la commission d’enquête lors des auditions.

Mme Benin proposera également des pistes pour améliorer la prévention et la recherche scientifique, car les auditions ont mis en lumière des défaillances en la matière, pour mieux connaitre les impacts sur la santé mais aussi trouver des solutions pour dépolluer les sols.

Enfin, face aux insuffisances des différents Plans Chlordécone lancés par l’Etat depuis 2008, la rapporteure prévoit des préconisations pour le 4e plan prévu en 2020.

Aux Antilles, le sujet est toujours « sensible et douloureux » pour la population, reconnait Mme Benin. Depuis quelques semaines, des manifestants bloquent des centres commerciaux en Martinique, accusant leurs propriétaires, souvent de grandes familles locales, d’être à l’origine de la pollution.