Inde et Pakistan

Le changement climatique a démultiplié les chances de canicule


AFP le 24/05/2022 à 11:04

La vague de chaleur qui s'est abattue en mars-avril sur l'Inde et le Pakistan a été rendue 30 fois plus probable par le changement climatique causé par l'homme, ont estimé des scientifiques spécialisés dans une étude publiée lundi.

Un événement d’une telle intensité a désormais une probabilité de se produire une fois tous les 100 ans, dans notre monde où la température moyenne a augmenté de 1,2°C depuis les niveaux pré-industriels, expliquent les scientifiques du World Weather Attribution (WWA), le réseau de scientifiques pionniers en matière d’attribution des événements extrêmes au changement climatique.

Sans changement climatique anthropique, la probabilité serait d’une fois tous les 3 000 ans, a expliqué Friederike Otto, du Grantham Institute à l’Imperial College de Londres. Et dans un monde où le réchauffement climatique atteindrait + 2°C, cette probabilité pourrait augmenter jusqu’à une fois tous les… cinq ans.

« Dans les pays pour lesquels nous disposons de données, les vagues de chaleur sont les phénomènes météorologiques extrêmes les plus meurtriers. En même temps, c’est le type d’événements extrêmes qui augmente le plus dans un monde qui se réchauffe », prévient Friederike Otto.

Si l’Inde et le Pakistan se sont pas étrangers aux températures élevées, la précocité et l’intensité de cette vague de chaleur, bien avant la mousson, sont exceptionnelles, dit le WWA qui s’est concentré sur les températures maximales en mars et avril dans le nord-ouest de l’Inde et le sud du Pakistan.

« Dans une grande partie des deux pays, les gens n’ont connu que peu de répit pendant des semaines, avec un coût particulièrement élevé pour des centaines de millions de personnes qui travaillent à l’extérieur. Nous savons que cela va arriver plus souvent avec la hausse des températures et nous avons besoin de mieux nous préparer », a averti Krishna AchutaRao, du centre pour les sciences atmosphériques de l’Institut indien de technologie de New Delhi.

Son collègue et coauteur Fahad Saeed, climatologue basé à Islamabad, a mis garde contre les « limites de l’adaptation » et la « menace existentielle » que représenterait un réchauffement au-delà de 1,5°C pour les populations les plus vulnérables, sans accès à la climatisation ou d’autre moyen de se rafraîchir.

Cette canicule a causé la mort de 90 personnes, et provoqué des coupures d’électricité et des pénuries d’eau pour des millions d’habitants. Depuis 2010, les vagues de chaleur ont tué plus de 6 500 personnes en Inde.

Au Pakistan, les températures ont encore atteint 50°C mi-mai à Jacobabad, dans la province méridionale du Sindh, tandis qu’en Inde la température a dépassé 48°C au Rajasthan.

Cette chaleur s’est accompagnée d’un déficit de précipitations, avec des pluies 62 % moins abondantes au Pakistan en mars, et 71 % moins abondantes en Inde.

La canicule a touché une région considérée comme un grenier à grains en Asie du Sud-Est. Elle a poussé l’Inde à interdire les exportations de blé face à la baisse de sa production.