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Lancement d’une pétition européenne pour interdire les pesticides de synthèse


AFP le 25/11/2019 à 14:07

Interdire les pesticides de synthèse dans l'Union européenne d'ici 15 ans : c'est l'objectif d'une Initiative citoyenne européenne (ICE) lancée lundi, qui espère récolter plus d'un million de signatures pour contraindre la Commission européenne à ouvrir le débat.

Cette initiative a été lancée par sept citoyens de l’Union européenne, vivant en Italie, en Roumanie, en France, en Autriche, en Allemagne, en Belgique et en Grèce, selon une présentation de l’ONG française Générations futures. Leur demande a été validée par la Commission européenne.

Les ICE sont un outil de participation citoyenne qui permet de saisir la Commission sur des sujets d’initiative populaire. Une ICE, lancée en 2017, a déjà conduit la Commission européenne à revoir sa législation sur le glyphosate. Cette nouvelle récolte de signatures se déroulera jusqu’au 30 septembre 2020, sur le site https://www.generations-futures.fr pour la France.

« Obtenir que les pays se mettent d’accord pour l’interdiction des pesticides en 15 ans, c’est plutôt ambitieux », reconnaît Nadine Lauverjat, coordinatrice de Générations Futures. Mais pour elle, il faut « sortir d’un système agricole à bout ».

En France, il faudra récolter au moins 55 000 signatures pour cette ICE. Un appel, « Nous voulons des coquelicots », pour l’interdiction des pesticides de synthèse a recueilli près de 979 000 signatures. Le gouvernement français s’est déjà engagé à sortir de l’essentiel des usages du glyphosate au 1er janvier 2021, et de tous les usages début 2023.

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Les ONG soutenant cette démarche demandent précisément « l’interdiction progressive des pesticides de synthèse dans l’agriculture européenne à hauteur de 80 % d’ici 2030, en priorisant les pesticides les plus toxiques, afin de devenir un territoire « zéro-pesticide » au plus tard en 2035 », selon le dossier de presse.

Elles préconisent de « donner priorité aux exploitations agricoles de petite taille, diversifiées et ayant des pratiques durables » et de « restaurer la biodiversité » dans les zones agricoles, « alors que la situation est catastrophique, avec une disparition massive des insectes et de leurs prédateurs (oiseaux, hérissons, lézards, amphibiens) ».

« Je ne pense pas que cette initiative avec cette focalisation sur les pesticides de synthèse apporte quoi que ce soit comme solution. Avoir un débat sur l’amélioration du profil des produits, sur l’amélioration des évaluations, c’est déjà en cours au niveau européen et c’est tout à fait légitime. Mais on ne peut pas faire une distinction entre pesticides de synthèse ou naturels, a priori », a pour sa part réagi Eugenia Pommaret, directrice de l’UIPP, qui représente les industriels producteurs de produits phytosanitaires, à l’AFP. « L’esprit du règlement européen c’est qu’il ne fait pas de distinction entre produits de synthèse et naturel, mais entre les produits de base à faible risques et les autres. Si un produit de synthèse est à faible risque il ne doit pas être écarté au profit d’un produit naturel qui n’est pas à faible risque », a ajouté la représentante de l’UIPP.

Actuellement, chaque Etat de l’UE peut instaurer un programme de réduction des pesticides. Après deux plans Ecophyto, dont les objectifs n’ont pas été atteints, une nouvelle mouture prévoit de réduire de 50 % l’utilisation des produits phytopharmaceutiques d’ici 2025.

Pour Nadine Lauverjat, l’exemple français des 3 000 fermes Dephy engagées dans des pratiques économes en pesticides montre que c’est possible.

Voir le reportage  : Filtrer l’eau pour réduire au moins de moitié les doses phytos