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La Coopération cherche les leviers d’une économie « zéro émission nette »


TNC le 18/02/2021 à 16:08
La Coopération agricole a organisé le 18 février une conférence en ligne sur l'économie ZEN :

La Coopération agricole a organisé le 18 février une conférence en ligne sur l'économie ZEN : "zéro émission nette". (©TNC)

Si la réduction des gaz à effet de serre est indispensable, le secteur agricole reste l’un des premiers concernés, par son impact mais aussi par les solutions qu’il peut proposer. Néanmoins, plusieurs leviers sont à actionner simultanément pour permettre une transition massive et la résilience des modèles, dans un contexte économique difficile. La Coopération agricole travaille sur ces enjeux avec l’ambition d’atteindre « zéro émission nette » d’ici 2035.

Aujourd’hui, à l’échelle française comme à l’échelle mondiale, le secteur agricole contribue à 20 % des émissions directes de gaz à effet de serre, principalement via l’émission de méthane (qui provient du cheptel ruminant) et de protoxyde d’azote (lié à l’épandage d’engrais). Si l’on prend en compte le rôle de l’agriculture dans la déforestation, on atteint 30 %. En comparaison, les transports contribuent à 15 % des émissions et les centrales à charbon, à 20 %, a indiqué Jean-Marc Jancovici, consultant spécialiste de l’énergie et du climat, en ouverture de la conférence économie « Zéro émission nette » organisée par la Coopération agricole à distance le 18 février.

Un modèle à réinventer

Pourtant, le secteur agricole, qui est l’un des premiers impactés par le changement climatique, « est un des premiers apporteurs de solution », rappelle Dominique Chargé, président de la Coopération agricole. À horizon 2035, le mouvement coopératif vise une économie « zéro émission nette », un défi compte tenu de l’ampleur des transitions à mener, car pour Jean-Marc Jancovici, « le modèle qu’on a bâti, des coopératives industrielles avec une chaîne logistique extrêmement longue sur de grands rayons d’action, ne peut pas perdurer dans un monde sobre en énergie ».

La nourriture aujourd’hui ne vaut rien, il va falloir revenir à un système où elle coûte quelque chose.

Pour le consultant, « il va falloir déspécialiser des régions agricoles, raccourcir les chaînes logistiques, remettre des haies, et surtout de l’argent dans un système qui a été construit pour être optimum sur le plan économique mais pas environnemental ». Plus concrètement, « il faut que les gens s’habituent à payer leur nourriture plus cher », puisqu’aujourd’hui, la part de l’aliment stricto sensu ne représente plus que 2 % du ticket de caisse. « La nourriture aujourd’hui ne vaut rien, il va falloir revenir à un système où elle coûte quelque chose », insiste Jean-Marc Jancovici.

Plusieurs facteurs clés 

Pour y parvenir, plusieurs leviers devront être mis à contribution : l’innovation, la conduite du changement, la formation et les compétences, le financement, et la valorisation, qui reste « le sujet central », pour Dominique Chargé. Ce dernier a également insisté sur « la compétitivité, facteur-clé de succès : c’est un moyen de satisfaire la rémunération de nos adhérents, et d’assurer nos investissements, notamment dans l’innovation et la recherche et développement ».

Et cette compétitivité, cette capacité à répondre aux attentes des marchés, est dépendante de la réduction des distorsions de concurrence à l’échelle européenne comme internationale », a-t-il rappelé au ministre de l’agriculture, Julien Denormandie, présent pour conclure les débats.

Pour le ministre, il apparaît effectivement indispensable d’assurer la souveraineté alimentaire et donc de prendre en compte le coût de la transition. Cette dernière sera « d’autant plus rapide qu’elle sera créatrice de valeur », à la fois pour l’environnement et pour le monde agricole, estime le ministre qui considère que « c’est le chemin que l’on a raté il y a une quinzaine d’années ». Pour y parvenir, il faut à la fois que les filières s’organisent pour créer davantage de valeur, mais aussi que la guerre des prix entre les enseignes de la grande distribution cesse de détruire la valeur créée.

Quant aux distorsions de concurrence, Julien Denormandie entend également y travailler et surmonter « l’injonction paradoxale du consommateur qui, devant deux concombres, choisi généralement le concombre d’importation plutôt que le concombre issu de la transition agroécologique française ». La convergence européenne est nécessaire, notamment en rendant obligatoires les éco-régimes dans la future Pac, ajoute-t-il. Et au niveau international, « il faut pousser très fort les clauses miroirs », même s’il le reconnaît, ce sujet prendra du temps.