Alimentation

Vous risquez de manquer d’herbe ? Faut-il rouvrir le silo de maïs ?


TNC le 24/06/2020 à 10:07
Vous allez bientôt manquer d'herbe ? Comment réintroduire du maïs après avoir été au pâturage plat unique ? Yan Mathioux, nutritionniste, recommande une transition en douceur. (©CC)

Vous allez bientôt manquer d'herbe ? Comment réintroduire du maïs après avoir été au pâturage plat unique ? Yan Mathioux, nutritionniste, recommande une transition en douceur. (©CC)

Après un printemps favorable à la pousse, l'herbe vient à manquer dans certains secteurs. Pour ceux qui étaient parvenus à fermer le silo de maïs se pose la question de le rouvrir. Mais quelles précautions prendre ? Faut-il faire une transition pour passer du pâturage plat unique à la complémentation à l'auge ? Avis d'expert sur le sujet.

Avec une pousse de l’herbe intéressante au printemps, il a été possible de passer au plat unique d’herbe en refermant le silo de maïs. Économie de fourrage, gain de temps au quotidien, réduction du coût alimentaire : les avantages sont connus.

À lire sur le sujet : À quel moment peut-on fermer le silo de maïs ?

Or, avec le manque d’eau et la sécheresse qui s’est déjà installée par endroits, il a vite fallu faire demi-tour pour certains, comme Bertrand en Bretagne :

Alors comment réintroduire le maïs dans la ration ?

Avant de rouvrir le silo, il faudra d’abord estimer le stock d’herbe restant en pâture. S’il reste 3 semaines, pas d’affolement : on peut compter sur les repousses. Si ça n’est pas le cas, il faudra réintroduire le maïs tout en veillant à ne pas gaspiller le restant d’herbe.

Prévoir une transition alimentaire et avancer suffisamment sur le front d’attaque

Yan Mathioux, nutritionniste indépendant prévient : « En rouvrant le silo, il faut prévoir une transition alimentaire progressive. Pour la sécuriser, on peut distribuer 200 à 250 g de bicarbonate/vache/j le temps de la transition, tout en augmentant le maïs progressivement. On peut aussi remonter les quantités de fibre (paille ou foin), bien coupée à 3-4 cm de long, et les diminuer ensuite lorsque les bouses reprennent un aspect correct. En plus, le maïs ensilage continue à vivre, il évolue dans le temps en étant de plus en plus digeste et fermentescible. La même ration qu’il y a 3-4 mois peut être plus délicate à gérer pour cette raison et nécessite souvent un dosage différent côté sécurité. »

L’expert recommande un avancement du front d’attaque de 10 cm/j, voire 15 cm par 30°C. « À ce rythme-là, il va falloir remettre pas mal de maïs dans la ration selon la taille du silo. » Exemple pour un troupeau de 60 VL : avec un front d’attaque de 9 m de large, 2 m de haut et un ensilage de maïs à 33 % MS, 15 cm de front d’attaque correspondent à 1 880 kg brut/j, soit 31,4 kg/VL/j, pas moins. « Cela représente environ 50 % de la ration ingérée. Ça peut devenir compliqué s’il reste encore de l’herbe à aller chercher dans les champs. »

Autre possibilité qu’évoque Yan Mathioux : « Pulvériser de l’acide propionique sur le front d’attaque dès que vous avez pris le fourrage du jour. Ça aide à maintenir le front froid. La chaleur c’est de la combustion de calories qui, si elles se sauvent, manqueront dans la ration réellement assimilée par vos animaux, causant chute de lait, ou de TP. »

Enfin, il rappelle également : « L’ensilage de maïs fait toujours 6 à 8 % de protéines, il faudra donc remonter le tourteau (voire l’urée alimentaire) au fur et à mesure que vous remontez votre ensilage. »

Autre aspect à prévoir ensuite : préparer les rations lors de périodes chaudes.