La laiterie des Godets

Une ferme pilote pour attirer des jeunes dans l’élevage laitier


AFP le 24/05/2022 à 10:15
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 La France comptera 56 300 chefs d'exploitation en 2030, contre 88 000 en 2019, soit une baisse de 36 %. (©TNC)

Le projet de la laiterie des Godets a pour ambition d'attirer des jeunes dans l'élevage. Elle teste un nouveau modèle pour améliorer les conditions de travail et lever les freins au maintien de l’activité d’élevage laitier en France.

Placées en épi, deux douzaines de vaches laitières de part et d’autre de la salle de traite s’apprêtent à s’alléger d’une vingtaine de litres de lait chacune, pour la deuxième et dernière fois de la journée.

Surélevées, les pieds des bovins arrivent à hauteur d’yeux. Patricia Gavelle, associée de cette exploitation familiale vieille de cinq générations, maîtrise le geste et le réplique. Chaque trayon est nettoyé « avec un savon détergent pour nettoyer les salissures », explique-t-elle avant d’y placer un faisceau trayeur, qui imite le geste de la traite.

Dans cette ferme « où il y a toujours eu un membre de la famille pour la gérer et des vaches », Benoît Gavelle, 37 ans, a rejoint ses deux parents et sa tante, Laurence Aumonier, en 2018 après un parcours « à l’extérieur », au sein d’une banque agricole.

Il est le quatrième associé de l’exploitation, mais dans les prochaines années les trois autres seront en âge de partir à la retraite. Benoît Gavelle fait partie – pour l’instant en tout cas – de la dernière génération de repreneurs possibles…

Aujourd’hui, la moitié des éleveurs laitiers en France sont âgés de plus de 50 ans et selon les projections de l’Institut de l’Élevage, la France comptera 56 300 chefs d’exploitation en 2030, contre 88 000 en 2019, soit une baisse de 36 %.

Pour pallier le départ de ses associés, Benoît Gavelle devra faire appel à des salariés, « mais c’est assez compliqué à trouver », dit-il. « Et puis, il y a la question de l’attractivité des métiers de l’élevage », perçus comme éreintants et pas assez rémunérateurs.

Repenser le modèle

C’est le problème qu’essaie de résoudre, à quelques kilomètres au sud, à Lévis-Saint-Nom dans les Yvelines, une ferme pilote inaugurée récemment.

Pour attirer des jeunes dans l’élevage, elle teste un nouveau modèle pour que les éleveurs n’aient plus à travailler sept jours sur sept, pour qu’ils ne soient plus pauvres, et pour améliorer le bien-être animal, tout en améliorant l’impact sur l’environnement – tout à la fois.

Derrière le projet de la laiterie des Godets, qui a coûté 1,4 million d’euros, il y a l’école Hectar, fondée par Audrey Bourolleau, ex-conseillère agriculture d’Emmanuel Macron, et Xavier Niel, mais aussi le fonds Danone pour l’écosystème.

« L’idée de la laiterie des Godets c’est de transmettre à des nouveaux entrants le mode d’emploi d’une installation qui est sécurisée économiquement, qui permet d’avoir un équilibre de vie, et c’est peut-être ce que l’on doit le plus documenter aujourd’hui », souligne Audrey Bourolleau.

Sur cette ferme qui compte 60 vaches laitières et 60 hectares, il n’y a qu’une seule traite par jour, au lieu de deux habituellement, pour que les trois salariés du site puissent avoir des horaires de travail encadrés, et pas plus d’un week-end travaillé sur quatre.

Les vaches, équipées d’un collier connecté pour suivre leur santé, sont au pâturage toute l’année, été comme hiver, suivant un système de « pâturage tournant dynamique », où le cheptel n’a accès qu’à une parcelle du terrain à la fois, permettant aux zones en repos de se régénérer sans interférence.

L’objectif est de produire 200 000 litres de lait bio par an, transformé sur place pour fabriquer yaourts et fromage.

« C’est quelque chose qui ouvre de nouvelles voies et c’est intéressant » mais pas « pour nourrir la planète », dit Emmanuel Vasseneix, vice-président de Syndilait, qui regroupe les fabricants français de lait de consommation, s’interrogeant clairement sur l’adaptation de ce modèle à l’usage industriel.

Le modèle n’est pas applicable partout, « chaque ferme et chaque contexte étant différent », dit Yann-Gaël Rio, de Danone. La documentation permettra de « reproduire des éléments sur d’autres fermes » pour s’adapter à « l’exigence sur la performance sociale et environnementale beaucoup plus élevée qu’il y a vingt ans », poursuit-il.