Station expérimentale de Sourches

Sans doute la stabulation la plus technologique au monde


Alimentation et fourrages le 10/11/2015 à 19:20

Sanders et le pôle animal du groupe Avril viennent d’inaugurer une stabulation expérimentale sur le site de Sourches à Saint-Symphorien dans la Sarthe (72). Ce bâtiment de 220 places rassemble les technologies les plus abouties, telles que l’automatisation de l’alimentation et la pesée précise de chaque aliment ingéré par chacune des vaches.

« Avec ce nouveau bâtiment laitier, la station expérimentale Sanders de Sourches consolide sa place d’excellence dans la recherche sur la nutrition des vaches laitières. Il s’agit désormais du plus important centre de recherche privé d’Europe avec une stabulation parmi les plus technologiques au monde, et ce, au bénéfice de l’économie française », fait remarquer Xavier Beulin, venu à l’inauguration en tant que président du groupe Avril (ex-Sofiprotéol). « Faire de Sourches la référence de la recherche appliquée pour les filières animales et l’élevage de demain : telle est la vision de Sanders ! Car ne plus avancer, c’est reculer, surtout dans un monde agricole en pleine mutation avec des évolutions technologiques très rapides. C’est dans cet objectif que nous avons conçu cette vitrine au service des filières laitières pour créer des innovations profitables et durable », complète Bernard Mahé, directeur adjoint d’Avril pôle animal.

L’heure du big data a aussi sonné pour les bovins. Ici, tout est mesuré vache par vache, et tous les outils sont connectés entre eux pour récolter quotidiennement plusieurs milliers de données. Chaque gramme de concentré, de fourrage ou de lait produit est pesé et analysé par l’équipe de recherche de la station.

Mi-septembre près de 120 vaches ont quitté l’ancienne stabulation sur aire paillée et salle de traite pour rejoindre le nouveau bâtiment qui accueillera 220 vaches d’ici deux ans pour un objectif de production d’1,2 million de litres avec deux robots de traite.

Ce n’est pas la chapelle Sixtine mais presque ! La stabulation de 100 mètres de long par 45 m de large se compose de trois chapelles accolées, chacune surplombée par un large dôme de lumière traité anti-UV. Les trois bâtiments bois créent ainsi des entrées d’air par les bardages en claire-voie entre les toitures de différentes hauteurs. Les dômes de lumière en faitage couvrent 12 % de la surface ce qui rend le bâtiment très lumineux, mais risque aussi de chauffer en été, d’autant que la toiture n’est pas isolée. L’évacuation de l’air se fait par effet cheminée du système « Venticlair » installé par l’entreprise de charpente Arcanne. Des filets brise-vent de marque Intermas couvrent l’intégralité des longs pans et sont commandés par une station météo qui actionne les filets en fonction de la température et du vent. Ce filet s’enroule du bas vers le haut autour d’un tube horizontal à mi-hauteur. Sur la partie basse, le filet est occultant à 95 % et à 70 % sur la partie haute.

Mis à part le bâtiment où se trouve la partie « cuisine », la stabulation de 192 logettes est parfaitement symétrique. Elle permet de loger quatre lots de 36 vaches en production (144 VL au total) et deux lots de 24 vaches taries. Disposés au centre du bâtiment, les deux robots de traite VMS Delaval traient chacun deux lots de vaches.

Le bâtiment se compose de deux rangées de logettes doubles face à face et de quatre couloirs raclés indépendamment les uns des autres. Les couloirs intérieurs sont en béton rainuré tandis que ceux de l’aire d’exercice coté auges sont couverts d’un confortable tapis de 18 mm en caoutchouc, ce qui ne semble pas faciliter l’apprentissage des logettes pour certaines vaches récalcitrantes. Le bâtiment n’a pas de fosse à lisier extérieure ; le lisier des couloirs raclés est transféré dans un canal à lisier flottant vers la fosse qui se trouve sous les caillebotis de la zone centrale de la stabulation. Cette fosse de 1 400 m3 est équipée d’un brasseur.

Cette partie centrale sur caillebotis est particulièrement intéressante : on y trouve les deux robots de traite, l’aire d’attente du robot (commune à deux lots de vaches) avec brosse et abreuvoir qui mesure l’eau ingérée, ainsi que la zone de contention collective (C1 et C2). Il s’agit d’une imitation d’une salle de traite par l’arrière (TPA 1×12) avec une lice rotative qui vient bloquer les vaches au niveau de la tête. Cette fausse salle de traite facilite notamment les inséminations ou les divers soins en groupe. Au bout de cette zone de contention collective se trouve une cage de contention Mazeron pour le parage.

Avec les robots Delaval, les chercheurs de Sourches ont opté pour une circulation guidée des vaches. La rangée de logettes vers l’extérieur donne accès aux auges et à deux Dac, pour s’abreuver et accéder à la seconde rangée de logettes intérieures, les animaux doivent passer par la porte de tri qui peut les diriger vers l’aire d’attente commune du robot selon le temps écoulé depuis la dernière traite. Actuellement, le troupeau tourne entre 2,7 et 2,9 traites/jour avec une production moyenne de 34 kg de lait/VL/j. Avec cette conduite guidée, les animaux se sont habitués à la traite robotisée très rapidement et il n’est pas nécessaire d’aller chercher les vaches en retard.

Chaque robot de traite est encastré dans un abri cubique (type container isolé) pour protéger la tuyauterie. En sortie de robot, les vaches passent obligatoirement par une bascule de pesée, les poids sont donc relevés après chaque traite. A la sortie du robot se trouve une porte trois voies qui permet de trier automatiquement un animal pour qu’il se dirige dans la zone d’isolement (Iso1/2 sur le plan). Cette partie comprend des cornadis et quatre logettes et ainsi qu’une barrière mobile de contention donnant sur un cornadis. Sur son côté est creusée une fosse avec un escalier afin d’intervenir à hauteur de mamelle et que les salariés puissent effectuer les soins en toute sécurité. Cela évite d’avoir à faire des soins au niveau du robot. De l’autre côté de la zone d’isolement se trouve la zone infirmerie (Inf1/2 sur le plan) avec un box sur tapis.

Les vaches taries sont logées en deux lots dans un bout du bâtiment (T1 : 2 sur le plan). Elles disposent de deux box de vêlage.

Les deux robots VMS Supra+ de Delaval seront prochainement connectés au laboratoire d’analyse de lait Herd Navigator. Un échantillon de quelques gouttes de lait est envoyé dans un tuyau par air comprimé du robot vers le Herd Navigator qui analyse le taux de progestérone, l’enzyme lactate déshydrogénase (Ldh, synonyme d’infection cellulaire), les corps cétoniques (Bhb) ainsi que le taux d’urée du lait… de quoi faire plus de 100 000 analyses de lait par an.

En plus de la complémentation au robot qui permet de tester trois aliments et un liquide, la stabulation compte 12 distributeurs automatiques de concentrés (Dac) avec pesée intégrée. Chaque Dac peut distribuer jusqu’à quatre aliments différents. Avant même de parler de fourrage, l’équipe de chercheurs peut ainsi tester une très large combinaison de concentrés, minéraux ou levures différents.

Le clou du spectacle réside dans les 80 auges bleues sur peson. Chaque auge est équipée d’une « porte guillotine » qui se baisse si la vache qui s’approche est autorisée à manger. Ces auges peseuses sont capables de fournir des données sur le lieu, l’heure, la fréquence, la durée et le poids ingéré par chaque vache.

Autre spécificité de cette stabulation : sa cuisine entièrement automatisée. Elle est faite en deux parties, l’une pour les concentrés et l’autre pour le stockage et le mélange des fourrages. Les divers aliments concentrés, minéraux et autre levures sont stockés dans une trentaine de big-bags de 500 kg. Chaque ingrédient est envoyé par voie pneumatique dans le « flexiway », un outil qui mélange à la demande et très précisément les différents aliments. Ce flexiway alimente ensuite les 12 Dac et les deux robots de traite. Ce système permet de tester jusqu’à 24 concentrés différents.

Le wagon d’alimentation Delaval Optimat suspendu sur un rail électrifié est capable de distribuer très précisément des rations auge par auge. Il est ainsi possible de tester dans un même lot de vache l’effet d’un concentré avec une base d’ensilage maïs et avec une base d’ensilage d’herbe. L’avantage d’un tel dispositif et du grand nombre de données récoltées est d’être en capacité de tester différentes alimentations dans les mêmes conditions de milieu, et de pouvoir mélanger des animaux « essais » et des animaux « témoins » dans un même lot, avec les mêmes conditions de vie. Cela permet de mettre en place des protocoles très précis (type en carré latin). Dans un premier temps, le bâtiment de Sourches permettra d’affiner les connaissances et de vérifier des hypothèses notamment sur le comportement des animaux ou les différences d’ingestion selon les stades ou les rangs de lactation. Cette station expérimentale pourra aussi permettre à Sanders de vendre des essais à d’autres entreprises de nutrition animale.

L’alimentation en fourrages et concentrés est entièrement automatisée et ne requiert que quatre heures de travail de manutention par semaine. Le robot d’alimentation Delaval Optimat est constitué de trois tables d’affouragement pour stocker les fourrages : ensilage de maïs découpé à la désileuse-cube, bottes de paille et de luzerne déshydratée. Ces tables sont chargées deux à trois fois par semaine. Les fourrage sont démêlés en bout de table et arrivent sur un convoyeur sur peson capable de doser les fourrages au kilo près. Ce convoyeur mène sur la mélangeuse à poste fixe (simple vis) qui remplit le mélange dans le wagon sur rail. Celui-ci distribue chaque ration quatre fois par jour en 45 minutes par passage. Il sera amené à faire jusqu’à une vingtaine de mélanges différents.

Outre la précision des pesées et le temps de travail, le robot d’alimentation réduit aussi le coût de fonctionnement. Ce coût énergétique est estimé à 44 €/semaine dont 14 € de coût d’électricité. Cela représente un gain d’environ 12 000 € par an de gasoil par rapport au couple tracteur + mélangeuse. Côté investissement, l’espace cuisine et l’Optimat auront coûté près de 250 000 € hors frais supplémentaires liés à l’expérimentation (pesons,…).

Au total Sanders et le groupe Avril auront investi près de 3 millions d’euros dans ce bâtiment à la pointe de la technologie, fruit de cinq ans de réflexion et de plus de 10 000 heures de travail. Près de la moitié de ce coût est lié aux frais expérimentaux et aux aménagements spécifiques au public (larges allées, salles d’accueil, baies vitrées,…). « Pour un éleveur qui aurait voulu construire le même bâtiment, sans les équipements spécifiques liés à l’expérimentation et aux visites, cela lui aurait coûté environ 1,6 million d’euros, soit 8 700 € par place », détaille Bertrand Renouf, le directeur de la station de Sourches.