Portrait

Robert Rumeau, un des derniers pêcheurs traditionnels de l’étang de Thau


AFP le 16/03/2019 à 08:12

Robert Rumeau, 54 ans, un des derniers pêcheurs de l'étang de Thau (Hérault), a fait d'une passion d'enfance sa profession. « C'est un métier totalement artisanal, manuel, ancestral qui entre dans le cadre d'une activité durable et responsable », dit-il.

« Moi, je suis un pur de la Pointe Courte, un vrai, je suis né ici ! », s’exclame-t-il fièrement en embrassant d’un geste ce petit quartier sétois, aux cabanes colorées devant lesquelles sèchent des filets et flottent de petits bateaux amarrés sur la lagune ensoleillée. « J’ai commencé à aller dans les embarcations avec mon grand-père quand j’avais 5 ans : on languissait les vacances pour aller sur l’eau ! », raconte ce « Pointu » truculent, cinquième génération de pêcheurs. Robert a repris à 17 ans l’activité de patron de pêche de son grand-père maternel, dont il porte le prénom et qui « faisait vivre toute la famille ». Celui qui n’a « jamais débarqué » depuis, a connu à ses débuts « la grosse époque, où sur l’étang, on n’était pas loin de 1 000 pêcheurs, alors qu’aujourd’hui on est à tout casser 170 dont même pas une quinzaine à la Pointe Courte ».

« Ça me tue », commente l’ancien vice-président du comité régional des pêches, « surtout quand j’entends les élus dire qu’il faut lutter contre le chômage alors qu’on a détruit par des politiques de « fadas » des métiers polyvalents comme le mien qui faisaient vivre des dizaines de familles ». « Un petit métier comme ça n’a jamais rapporté de l’or mais on a tout le temps vécu de notre travail, dans l’autonomie », assure cet homme trapu et volubile. Il n’a pas de mot assez dur pour dénoncer les règlementations européennes « qui n’ont ni queue ni tête » et « ont eu pour but d’éliminer les petits pêcheurs comme les petits agriculteurs ». Robert travaille avec deux bateaux de moins de neuf mètres, comme l’exige la règlementation sur l’étang. Normes européennes obligent, il n’a plus le droit de pêcher en mer comme le faisaient les anciens de février à mai.

« Les pollueurs ne sont jamais les payeurs »

De mars à septembre, ce pêcheur expérimenté, passionné par l’art ancestral de la minutieuse confection des filets, va « à la battue », « traquer la daurade de nuit » de 20h00 à 4h00 dans l’étang. À cette période, il cale aussi ses filets pour les anguilles. Du 15 septembre à fin octobre, il est en « poste fixe » pour la migration des daurades et de novembre à fin février, il pêche l’anguille. « Avec la pêche, tu te lèves le matin, tu ne sais jamais ce que tu vas trouver, c’est à toi à être le plus malin possible », explique-t-il. « C’est un milieu solidaire et convivial, mais un pêcheur ne veut pas montrer son savoir-faire, donc tu te caches toujours un peu ». Cet amoureux de l’étang de Thau déplore la disparition de « beaucoup d’espèces » de la vaste lagune, notamment les clovisses et les palourdes, mettant en cause notamment l’augmentation du taux de salinité. « Je ne veux plus que les gens polluent mon étang ! », peste-t-il aussi à propos de l’urbanisation à outrance et des plaisanciers qui vivent sur « de grosses unités » à la belle saison, sans se soucier des conséquences environnementales. Résultat, selon lui, les conchyliculteurs et les pêcheurs de l’étang « morflent » et « les pollueurs ne sont jamais les payeurs ». La fille de Robert ne prendra pas sa suite. Elle travaille comme commerciale dans la dernière conserverie sétoise « et j’en suis fier ! », assure celui qui prendra une retraite partielle en avril. « Le fils d’un collègue est le seul jeune du quartier qui veut entrer dans la profession », souligne-t-il. « Ça nous touche beaucoup et on va tout faire pour filer la main à ce petit pour qu’il réussisse ». Jamais à court d’idées, Robert travaille aussi à des solutions d’avenir pour conserver les daurades sauvages dans des viviers afin de faire vivre une activité menacée à laquelle il reste viscéralement attaché.