Ensilage

Quel tracteur pour tasser le silo?


TNC le 02/09/2021 à 06:02
Mieux vaut prévoir deux tracteurs pour le tassement du silo afin de pouvoir suivre le débit de chantier de l'ensileuse. (©TNC)

Mieux vaut prévoir deux tracteurs pour le tassement du silo afin de pouvoir suivre le débit de chantier de l'ensileuse. (©TNC)

« À l’ensilage, c’est le silo qui doit mener la danse, pas la machine » explique Michel Seznec, expert ensilage à l'Union des Cuma Pays de la Loire. Pour ce faire, mieux vaut s’organiser et bien prévoir le matériel adéquat pour une bonne mise en conserve.

Les puissances des ensileuses ne cessent d’augmenter. S’en suivent des débits de chantiers de plus en plus importants. Si les agriculteurs s’organisent en conséquence pour avoir les volumes de transport nécessaires, la confection du silo d’ensilage est parfois négligée. Or, à l’ensilage, c’est bien le silo le facteur limitant !

Prévoir au moins deux tracteurs pour le tassement

Le tassement du silo, c’est ce qui permet la bonne conservation du fourrage, alors mieux vaut parfois prendre son temps que perdre de la matière. Un silo bien tassé doit arriver au moins à 220 kg/m3. « On dit généralement qu’il faut 400 kg de poids sur le silo par tonne de matière sèche rentrée. Les rendements en ensilage oscillent généralement entre 10 et 18 t de MS/ha selon les régions et les modes de culture. Si l’on considère un rendement moyen de 13 t de MS avec une machine de 450-500 CV qui aura un débit moyen de 3 ha/h, le tasseur aura 39 t de MS à gérer par heure. Il faut alors mettre 16 t sur le silo, c’est-à-dire deux tracteurs, ou un tracteur et un télescopique. Je suis souvent surpris de voir des chantiers avec un seul tracteur pour tasser. Lorsqu’on travaille avec des ensileuses de 600 ou 700 CV, il faut certes penser aux bennes pour suivre, mais aussi avoir du bon matériel pour faire le silo car la finalité de l’ensilage, ça reste la conservation du fourrage ! » insiste Michel Seznec, expert machinisme à l’Union des Cuma Pays de la Loire.

Un bon rapport poids – puissance – pneumatique

Pour bien tasser le silo, il faut un tracteur lourd, si possible puissant, mais avec des pneus pas trop larges : « le paradoxe, c’est que les tracteurs les plus puissants sont souvent ceux qui ont les pneumatiques les plus larges pour ne pas trop abîmer les parcelles. Or pour tasser le silo, il faut faire l’inverse de ce que l’on fait au champ, c’est-à-dire gonfler au maximum de leur capacité les pneumatiques, et aller doucement. » Plus le pneu est gonflé, moins il aura de surface au sol et plus il tassera. Aller doucement permettra également de bien marquer le silo : « lorsqu’on tasse, on ne devrait pas dépasser les 5 ou 6 km/h. Si le chauffeur est un peu débordé, il aura tendance à vouloir accélérer pour travailler plus vite, mais c’est au détriment du tassement ». Les télescopiques peuvent être intéressants pour tasser car ils ont des pneus plus petits diamètres que ceux des tracteurs et tassent donc davantage, tout en étant assez maniables.

Il ne faut pas hésiter à mettre du poids de manière équilibrée, c’est à dire alourdir avec des masses à l’avant comme à l’arrière. Les roues avant sont généralement celles qui iront dans les endroits les plus délicats (contre les murs, les bords, bouts de silo…). Mettre du poids sur la lame, ou ajouter des masses dans les roues permet souvent de rééquilibrer les charges sur le tracteur. Gonfler les pneumatiques avec de l’eau peut aussi permettre d’ajouter du poids, même si c’est une contrainte logistique importante.

Michel Seznec conseille également de bien réfléchir à l’affectation des tracteurs. « On a souvent tendance à réserver les gros tracteurs pour rouler les bennes, mais le cœur du chantier, c’est le silo. Si c’est possible, autant garder les tracteurs les plus puissants, et surtout les plus lourds pour sécuriser la conservation du tas. » Attention toutefois à ne pas confondre poids et puissance. Certains tracteurs de 135 CV font 9 t et des 200 CV avoisinent les 10,5 t. L’agriculteur doit alors trouver un bon compromis entre taille des pneumatiques, puissance, et poids.

Pour la mise en conserve, choisir un tracteur qui affiche un bon compromis entre poids, puissance et taille des pneumatiques. (©Michel Seznec)

Mieux vaut arrêter l’ensileuse un quart d’heure pour tasser qu’avoir des pertes au silo.

« Un silo d’ensilage, c’est environ 100 € d’investissement par tonne de MS de maïs (tous frais compris). Si l’on ensile 25 ha à 13 t de MS, c’est 32 500 € d’investissement que l’on récolte en une journée, ce n’est pas rien ! Un silo d’ensilage enregistre toujours des pertes incompressibles de l’ordre de 5 à 8 % pour assurer la mise en conservation du fourrage, mais au-delà de ce seuil, cela relève du défaut de conception du silo. Si l’on enregistre, des pertes allant jusqu’à 15 ou 18 %, c’est 10 % au-delà du seuil incompressible, c’est l’équivalent de 3 200 € qui est perdu, ou de 2,5 ha de culture qui auraient pu être utilisés autrement. À 400 € l’heure d’ensileuse, il est toujours plus avantageux de demander au chauffeur de s’arrêter un quart d’heure pour laisser le temps au tasseur de bien mettre en place le silo et c’est aussi l’occasion de diagnostiquer le travail fait. Dans le même esprit, il peut être intéressant de demander à un voisin ou à un prestataire (Cuma, ETA) un tracteur supplémentaire pour le tassement plutôt qu’avoir de le freinte, pour 8 h de travail c’est un budget autour de 450-500 €, qui est souvent gagnant : gare aux économies de bout de chandelle, insiste Michel Seznec. Il faut s’équiper et s’organiser en conséquence du débit de l’ensileuse.  »

C’est le silo qui mène la danse, pas la machine

Le mauvais tassement est un véritable cercle vicieux pour l’agriculteur. Pour un silo de 770 m3, en tassant à 250 kg/m3, il est possible de stocker environ 200 t de MS, soit l’équivalent de 16,6 ha (à 12 t de MS/ha). Tassé à 210 kg/m3, il n’est possible de stocker que 160 t de MS, soit l’équivalent de 13,5 ha, et le tassement moindre risquera d’affecter la conservation. Si la base du silo n’est pas bien tassée, la partie superficielle sera d’autant plus haute, et également difficile voire dangereuse à mettre en place, d’où l’intérêt de partir sur de bonnes bases. Ainsi, pour Michel Seznec, « les enjeux valent bien un « briefing » en début de journée pour donner les consignes et bien rappeler qu’à l’ensilage, c’est le silo qui impose son rythme, pas l’ensileuse ! »