Pêche

Polémique autour de l’inauguration d’un chalutier géant à Concarneau


AFP le 25/09/2020 à 14:52

C'est un mastodonte bourré d'innovations que l'armement France Pélagique inaugure vendredi à Concarneau (Finistère). Le chalutier-usine fait cependant l'objet d'une vive polémique, des organisations environnementales dénonçant un type de pêche « incompatible avec le maintient de la ressource et des emplois ».

Le tout nouveau navire de la première entreprise de pêche en France d’espèces pélagiques -ne vivant pas sur le fond- a été présenté jeudi à la presse. Son directeur général a vanté les « innovations majeures » dont est doté le navire de 81 mètres de long et 17 de large. « Nous faisons un grand saut technologique avec la mise en service de ce bateau », s’est félicité Geoffroy Dhellemmes, fils et petit-fils d’armateurs. « De nombreuses tâches sont automatisées à bord », a détaillé le dirigeant, expliquant par ailleurs que le poisson était peu manipulé, améliorant ainsi sa qualité.

Le navire, qui a réalisé sa première marée début août, dispose d’une double propulsion diesel-électrique. Sa manœuvrabilité est ainsi améliorée et le bruit et la consommation réduits. Le processus de congélation a lui aussi été amélioré et en matière de confort et de sécurité, il est notamment doté d’un pont arrière semi-fermé protégeant les marins lorsque la mer est grosse. Il dispose aussi d’une salle de sport…

L’arrivée de ce nouveau navire est cependant critiquée par des associations environnementales qui devaient mener une action à Concarneau vendredi, à l’appel notamment de Pleine Mer et Bloom, sous la forme de « funérailles de la pêche artisanale et des ressources marines ». France Pélagique « fait partie du lobby de la pêche industrielle néerlandaise et défend avec ferveur des méthodes de pêche incompatibles avec le maintien de la ressource et des emplois », dénonce l’association Pleine Mer dans un communiqué. L’armement est une filiale du groupe néerlandais Cornelis Vrolijk, un acteur important de la pêche en Europe.

Pour l’association Bloom, il s’agit de « défendre la petite pêche côtière », contre « l’industrialisation du secteur, synonyme du pillage des écosystèmes marins, de l’accaparement des quotas, du mépris du bien commun et de la disparition des pêcheurs artisanaux ».

« 200 tonnes de poisson par jour »

« Le Scombrus peut pêcher à lui tout seul 200 tonnes de poisson par jour, alors qu’un bateau de moins de 12 mètres autour de quelques tonnes par an », assure Charles Braine, président de Pleine Mer. La pêche pélagique « est extrêmement réglementée », se défend Geoffroy Dhellemmes, assurant que le navire ramène dans ses entrailles 120 tonnes de poisson par jour. « Nous ne pouvons pas pêcher ce que nous voulons », insiste-t-il, évoquant les quotas imposés par l’Union européenne.

« C’est un mauvais procès qu’on nous fait, » estime le dirigeant. « Nous ne pêchons pas les mêmes espèces, ni dans les mêmes eaux » que les pêcheurs artisanaux, explique-t-il, soulignant que les poissons pêchés par son armement n’ont pas la faveur des consommateurs français. Ses deux navires usine débarquent au Pays-Bas des harengs, du maquereau, du chinchard, du merlu bleu et de la sardine, après les avoir pêchés au large de l’Irlande, de l’Angleterre, de l’Écosse et dans le Golfe de Gascogne. Ils partent ensuite pour l’Afrique, l’Asie, le Japon et l’Europe de l’Est.

Concernant les prises accidentelles, l’armement assure qu’elles représentent moins de 1 % du total de poissons péchés. Les chaluts pélagiques -long de 300 mètres pour le Scombrus- sont notamment accusés d’être responsable de la mort de nombreux dauphins. « On en voit un de temps en temps, mais c’est très rare », assure Denis Thomazeau, second capitaine du chalutier. Le chalut est doté « d’une trappe de sortie pour les gros poissons », explique-t-il, faisant état également de l’utilisation de dispositifs acoustiques, appelés « pinger », destinés à éloigner les cétacés et autres mammifères marins des chaluts. « Ce sont 750 000 repas par jour dans le monde que nous fournissons grâce à la pêche pélagique que nous fournissons », assure encore M. Dhellemmes.