Apports protéiques

P. Faverdin : « Il faut travailler sur l’efficience plutôt que la production »


TNC le 18/12/2018 à 10:34

Le projet européen SOS Protein a pour objectif d'améliorer l'autonomie protéique des élevages. Les chercheurs travaillent alors sur une production locale et tentent d'améliorer la valeur des aliments et l'efficience des protéines dans la distribution des rations. Philippe Faverdin, de l'Inra, explique : « Il faut viser un meilleur rendement d'efficience de conversion de ces protéines végétales en lait ou viande. »

Chercheur à l’Inra, Philipe Faverdin est engagé dans le programme SOS Protein qui vise à améliorer l’autonomie protéique des élevages de l’Ouest. Selon lui, « les grandes régions d’élevages sont devenues trop dépendantes aux ressources protéiques extérieures. Il faut alors trouver de nouvelles solutions pour les rendre plus autonomes. » Pour ce faire, le projet de recherche européen s’articule sur quatre axes :

– sécuriser les cultures de pois, féverole et lupin ;

– produire des fourrages riches en protéines ;

– optimiser l’utilisation digestive de la fraction azotée ;

– et évaluer l’impact territorial des différentes stratégies d’amélioration de l’autonomie protéique.

Produire de la protéine locale et efficace

« Pour les fermes de ruminants, la première étape est de consommer des fourrages riches en protéines. C’est ce que font les élevages herbagers. En revanche, la plupart des éleveurs introduisent plutôt des associations d’espèces et des légumineuses en complément de l’ensilage de maïs car il est la base de beaucoup de systèmes. » Pour Philippe Faverdin, « Le maïs crée une forte dépendance aux protéines importées car il en est dépourvu : il contient 6 % de protéines tandis qu’une ration équilibrée pour les vaches laitières doit en contenir 14 à 15 %. Pour un hectare de maïs, il faudra importer 0,7 hectare de soja d’Amérique de par les rendements en protéines à l’hectare assez faibles. »

Plus de protéines disponibles et une alimentation de précision.

« Chez nous, les protéagineux sont certes moins riches que le soja, mais leurs protéines sont, en plus, extrêmement dégradables. En effet, elles sont rapidement dégradées par les bactéries du rumen et il ne reste plus grand chose lorsqu’elles arrivent dans l’intestin, là où elles sont assimilables par l’animal. Il faut alors augmenter la valeur de ces aliments en protégeant les protéines de l’action des microbes. Cela passe par des traitements technologiques qui permettent de presque doubler la valeur en protéines disponible. De cette façon, nos aliments deviennent compétitifs par rapport à ceux importés. On parle alors de toastage avec des additions de sucre, voire de l’extrusion ou d’autres systèmes comme l’adjonction de tanins ou d’huiles essentielles, mais ces méthodes restent à évaluer. »

Pour aller plus loin, l’expert affirme qu’on peut encore améliorer l’efficience de ces protéines lors de la distribution de l’alimentation : « Ce n’est pas parce qu’on a des aliments de qualité qu’il faut gaspiller de la protéine. Il faut viser un meilleur rendement d’efficience de conversion de ces protéines végétales en lait ou viande. On utilise des techniques comme les acides aminés en porcs, ou encore l’ajustement spécifique à l’individu. Sur ce dernier point, il s’agit d’alimentation de précision ; c’est peut-être l’un des enjeux du futur. En effet, il faut accepter de travailler davantage sur l’efficience que sur la production. En faisant cela, on peut espérer faire des économies sur le coût alimentaire et réduire les impacts environnementaux. »