Maïs fourrage

Michel Moquet, Arvalis : « Il va falloir enrichir les rations en énergie »


TNC le 18/09/2018 à 05:56

Michel Moquet, ingénieur régional - Arvalis-Institut du végétal, fait un point sur la situation actuelle des maïs fourrages. Des chantiers avec beaucoup d'avance, des rendements moyens, des grains avortés... L'expert nous donne quelques éléments de conseils pour bien appréhender ce maïs 2018.

N iveau fourrages, nous sommes sur une année assez particulière. Les récoltes de maïs sont faites avec environ 15 jours d’avance par rapport à l’année dernière et la pousse de l’herbe a été fortement ralentie par le manque d’eau. « L’est et le centre de la France sont les secteurs les plus touchés par la sécheresse , indique Michel Moquet, ingénieur régional fourrages pour Arvalis – Institut du végétal . Les premiers chantiers d’ensilage y ont démarré dès le mois de juillet. »

Si les rendements sont sans conteste inférieurs à ce qu’on a pu connaître l’an dernier, il n’y aurait pas tant de transferts de maïs grain en ensilage plante entière que ça. De plus, la production de grains semble quasi assurée car « les maïs ont bien démarré au printemps, même s’ils ont souffert après avec quelques cas d’avortements. »

« On n’a pas encore de résultats d’analyses sur la partie qualité mais à vue d’œil, les maïs sont en moyenne bien pourvus en grains, affirme Michel Moquet. Il faudra donc confirmer ces teneurs en amidon avec les résultats d’analyse. » Pour ceux qui n’auraient pas encore récolté, l’expert rappelle qu’il est conseillé d’ensiler à 32-33 % de MS. « Au delà de 35 %, il est nécessaire d’être très vigilant sur la finesse de coupe et la qualité du tassement. »

Pour ce qui est des stocks , la sécheresse a obligé pas mal d’éleveurs à puiser dans les réserves. Michel Moquet préconise : « Il est important de se pencher sur le bilan fourrager pour vérifier les stocks. On craint une surconsommation de stocks sur la période estivale avec, en plus, une reprise de pousse de l’herbe à l’automne qui s’annonce compliquée puisque les prairies ont bien souffert du sec. Les prix des fourrages risquent de flamber. »

« Sur les maïs les plus affectés par la sécheresse, on aura besoin d’enrichir la ration en énergie via des apports de céréales pour compléter ce déficit en amidon des maïs les plus stressés. » En fonction de la qualité des fibres, il faudra également complémenter avec des fourrages grossiers.

Bien avant, pour passer du maïs 2017 au maïs 2018 , il faudra anticiper avec une transition adaptée : « Dans les cas où les profils des maïs ensilés sont très différents, il faudra bien analyser les fourrages puis apporter une correction adaptée de façon à limiter cette étape difficile. »

D’après le spécialiste, le risque mycotoxine n’est pas des plus élevés cette année : « Le risque est lié aux dates de récolte, explique-t-il. Cette année, avec des récoltes plus précoces, le risque est moins important. » On relève néanmoins beaucoup plus d’attaques de pyrales . « La population plus importante de ravageurs peut néanmoins augmenter le risque de fusarium et donc de mycotoxines. Cela reste à confirmer par une analyse. » Sur ce point d’ailleurs, Michel Moquet rappelle qu’il est important de broyer et d’enfouir les résidus sur les parcelles à risques.