Diversification

La silphie, une culture écologique et résistante à la sécheresse


TNC le 24/08/2020 à 06:05
Dans les Vosges, Jean-Luc Bernard, éleveur de bovins, a déjà planté 114 hectares de silphie. (©Pixabay)

Dans les Vosges, Jean-Luc Bernard, éleveur de bovins, a déjà planté 114 hectares de silphie. (©Pixabay)

« C'est un pari pour l'avenir ! » : dans les Vosges frappés par la sécheresse, Jean-Luc Bernard cultive sur une centaine d'hectares une plante prometteuse, la silphie, bien moins gourmande en eau et en produits phytosanitaires que le maïs ou le soja, pour l'alimentation de ses vaches et la méthanisation.

Sur un champ de la vallée de Dompaire, la silphie, plantée l’an dernier, affiche ses hautes tiges à côté d’une parcelle de maïs à la peine, écrasée par le soleil. Plante vivace pouvant atteindre 3,50 m de hauteur et originaire d’Amérique du nord, la silphie poussait en France jusque dans les années 1960-1970, avant d’être progressivement délaissée. Surtout destinée à la méthanisation, elle intègre aussi l’alimentation des ruminants.

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« Une plante écologique »

C’est en Allemagne, qui compte 6 000 hectares de culture, qu’Amédée Perrein, gérant du négoce agricole vosgien HADN, a déniché les semences de cette plante « aux avantages phare ». En 2019, 160 hectares ont été semés dans les Vosges, en Haute-Saône et Haute-Marne, puis 750 hectares cette année dans 29 départements. Unique distributeur en France des graines de silphie (variété Abica Perfo), propriétés de deux groupes agricoles allemands, le négoce d’Amédée Perrein dispose de semences pour 3 000 hectares à mettre en terre l’année prochaine.

Les différentes implantations de silphie en France. (©Site web HADN)

Selon Amédée Perrein, « c’est une plante écologique ! » : elle n’a pas besoin d’être irriguée grâce à ses racines qui se développent jusqu’à 2 m de profondeur, au plus près des nappes phréatiques. Semée une seule fois, la plante aux grandes fleurs jaunes se développe chaque année entre le printemps et l’été et ne demande plus guère d’attention pendant au moins quinze ans. « C’est une économie de charge pour l’agriculteur », qui, outre une fertilisation annuelle, n’a plus ni semis, ni labour, ni traitements phytosanitaires à réaliser après la première année, souligne Noémie Choffel, conseillère en agronomie à la chambre d’agriculture des Vosges.

Jean-Luc Bernard, éleveur de bovins, a déjà planté 114 hectares de silphie et prévoit de la semer sur l’ensemble de ses parcelles d’ici à 2021. L’agriculteur de 52 ans a récemment installé un méthaniseur à Dompaire (Vosges). Le coût d’implantation de la silphie – 3 600 euros par hectare selon la chambre d’agriculture d’Alsace – ne l’a pas découragé. « Pour le prix d’un tracteur, on plante de la silphie sur plus de cinquante hectares ! », s’exclame-t-il, énumérant les économies en temps de travail réalisées au fil des années.

Des atouts pour la méthanisation

« On ne peut pas présenter la silphie comme une culture de demain pour remplacer le maïs, elle reste sensible au manque d’eau », nuance Marielle Stimpfling, conseillère en grandes culture à la chambre d’agriculture d’Alsace, région où la plante s’épanouit sur une cinquantaine d’hectares. Entre l’absence de pluie au printemps et la sécheresse estivale, un apport en eau est nécessaire, « sinon elle ne va rien donner », selon la conseillère. «  En période de sécheresse, la silphie fera moins de rendement qu’une belle année, mais elle fera du rendement par rapport aux autres » végétaux, rétorque Amédée Perrein. « Ce n’est pas la plante miracle », reconnaît-il, mais une première coupe mi-juin « donne aux agriculteurs une sécurité de fourrage avant les gros coups » de sécheresse qui les contraignent à acheter de la paille, explique-t-il.

Pour les chambres d’agricultures des Vosges et d’Alsace, la teneur en protéines de la plante reste toutefois insuffisante pour remplacer le maïs ou même le soja. « La silphie remplit la panse, fait ruminer les bêtes, mais ne leur donne pas beaucoup d’éléments énergétiques », prévient Marielle Stimpfling, qui lui reconnaît cependant de nombreux avantages pour la méthanisation. « On a très peu de recul sur cette plante » dont la seule littérature à l’heure actuelle date des années 1970, rappelle-t-elle aussi. Autour des grands pétales jaunes de la silphie bourdonnent les abeilles d’une quinzaine de ruches, installées par un apiculteur au bord de la parcelle ce qui réjouit Amédée Perrein: « C’est une plante très mellifère et un abreuvoir pour les insectes et les oiseaux avec ses feuilles en coupole qui retiennent l’eau. »

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