Peste porcine

La frontière franco-belge sous haute tension


AFP le 12/01/2019 à 15:35

La peste porcine, qui menace les élevages, va-t-elle passer la frontière belgo-française ? Alors que deux sangliers infectés viennent d'être retrouvés au sud de la Belgique, la France va tenter lundi de muscler son dispositif de protection, avec l'aide des chasseurs et exploitants forestiers.

Après la découverte le 9 janvier de deux cadavres de sangliers porteurs du virus de la peste porcine tout près de la frontière, la Belgique a étendu vendredi sa zone géographique de vigilance contre la propagation de cette maladie venue d’Europe de l’Est, transmise notamment par la faune sauvage. La zone tampon, dans laquelle la chasse est interdite et l’exploitation forestière restreinte, est élargie de 3 700 hectares vers l’ouest sur un territoire compris entre deux routes nationales belges (88 et 871) qui franchissent la frontière française. La Wallonie, qui avait procédé à l’automne à l’abattage préventif de 4 000 porcs, souhaite aussi l’élimination d’ici à mars 2020 de la moitié des quelque 30 000 sangliers recensés sur son territoire, et responsables de la propagation de la peste porcine.

Au sud de la frontière, les éleveurs français sont « très inquiets », même si la maladie n’est pas transmissible à l’homme, souligne Jeff Trebaol, éleveur et vice-président de la Fédération nationale porcine (FNP). Un plan d’ensemble pour renforcer le dispositif national de lutte contre la peste porcine en France doit être élaboré lundi lors d’une réunion d’éleveurs, chasseurs, responsables forestiers et autorités sanitaires au ministère de l’agriculture. Le gouvernement français « n’a qu’un seul objectif, faire que la France reste indemne de peste porcine et préserver la filière de cette menace économique majeure », a assuré vendredi le ministre de l’agriculture Didier Guillaume lors d’une visite dans les Ardennes, au cours de laquelle il a aussi rencontré son homologue wallon René Collin. Si un élevage français devait être touché, la France perdrait son statut indemne de l’épidémie, ce qui l’empêcherait automatiquement d’exporter sa viande de porc à l’étranger.

Une menace économique pour les élevages porcins français

Devant l’avancée de l’épidémie, plusieurs mesures de biosécurité, notamment d’isolement des élevages, ont déjà été prises depuis plusieurs semaines par les éleveurs français. L’épizootie « menace économiquement les élevages porcins. Si elle devait être détectée sur un porc, il faudrait procéder à des abattages pour endiguer sa progression, ce qui menacerait l’économie du secteur », a expliqué M. Trebaol. « Les conséquences peuvent être très, très graves avec des dépôts de bilan par centaines. » Selon lui, quelque 400 « détenteurs de porcs » ont été recensés dans la région Grand Est, dont « 200 éleveurs professionnels ». Aucun chiffre n’était disponible vendredi sur le nombre d’élevage potentiellement concernés dans le Nord de la France.

La Fédération nationale porcine demande la « mise en place d’une clôture grillagée enterrée partiellement au niveau de la frontière » pour éviter les passages de sangliers. « Celle qui a été mise en place jusqu’à présent ressemble plutôt à une ligne Maginot, facile à contourner », a ajouté M. Trebaol, « nous souhaitons une clôture plus efficace ».

« Il faudrait une vraie zone tampon »

La FNP demande aussi la création d’une « zone blanche » sans aucun sanglier des deux côtés de la frontière pour limiter les risques de propagation. « Il faudrait une vraie zone tampon de 15 à 20 kilomètres le long de la frontière, qu’elle soit complètement vide de sangliers, que même si un sanglier infecté y entre, il ne rencontre aucun de ses congénères », a expliqué à l’AFP Luc Barbier, président du syndicat agricole FDSEA de Meurthe-et-Moselle, qui souhaite « l’aide de l’armée » dans ce dossier. « Si la peste porcine rentre sur le territoire, par les Ardennes, la Meuse, la Meurthe-et-Moselle ou la Moselle, des portes à l’exportation vont se fermer pour l’ensemble des élevages porcins français », a-t-il prévenu.

Du côté des chasseurs, certains disent avoir pris des « précautions » pour éviter que la maladie ne passe par accident des animaux sauvages vers les animaux d’élevage. « Par exemple se laver les bottes, les pneus de la voiture lorsqu’on va chasser, tout ce qui aurait pu être en contact avec une zone contaminée », détaille Gérard Pinelle, vice-président de la fédération des chasseurs du Nord. Selon lui, il faut absolument contenir les animaux sauvages potentiellement malades dans les forêts pour éviter la propagation. « Les Belges ont eu le mérite d’arriver à circonscrire la maladie dans une zone précise (…) Si on arrive à contenir la maladie dans une zone, elle s’arrêtera d’elle-même » ajoute-t-il.